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Merckx Liege 75 : L'acier du futur
Remontée depuis l'abbaye de Sénanque pour Richard et son Merckx Liege 75. Le bonheur en automne...

Merckx Liege 75 : L’acier du futur

Un Merckx acier, orange de surcroît, rappelle implacablement l’épopée du cannibale. Une raison suffisante pour sauter sur l’occasion de tester cette machine. C’est aussi l’opportunité de mettre encore l’acier face au carbone. On ne pouvait pas hésiter…

Une délicieuse ligne old school pour ce Merckx Liege 75. Même si les roues Campagnolo semblent "un poil" trop modernes pource vélo !
Une délicieuse ligne old school pour ce Merckx Liege 75.
Même si les roues Campagnolo semblent « un poil » trop modernes pource vélo !

MERCKX LIEGE 75

Si vous avez plus de cinquante ans, ce test va forcément vous faire frémir et vous rappeler quelques images entêtantes. Si vous avez moins de cinquante ans, ouvrez grand vos mirettes : il fut un temps où un cycliste montait le Ventoux presque aussi vite qu’aujourd’hui mais avec un vélo en acier et un braquet de « mammouth » sur une route défoncée à souhait !
Ce Merckx Liege75, ultra moderne, est fabriqué en acier Columbus Zona à épaisseurs variables (0.7/0.5/0.7 mm). Ce que l’on appelait avant un 5/10e ou un 7/10e.
C’est certes lourd, puisque ce cadre tourne autour de 1.7 kg, mais incroyablement confortable et aussi très nerveux, très élastique. C’est d’ailleurs pourquoi les champions d’antan pouvaient emmener autant de braquet, même en cols.
Aujourd’hui, les raccords ont disparu. On est passé aux soudures dites TIG (Tungsten Inert Gas). On gagne du poids. En fait, à part la boîte de pédalier, tout a changé. En particulier la douille de direction et le triangle arrière. C’est plus costaud et les pattes sont de type « coquilles », comme sur les cadres en titane. Plus solides, plus fiables, et là encore plus rigides.

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Un très beau poste de pilotage signé Deda Elementi. L’ensemble est cohérent et convient à merveille à ce Merckx.

Côté finition, c’est le pied ! Le passage des câbles à l’avant est splendide. La douille avec le jeu de direction intégré aussi. Quant à la fourche, peut-être l’élément qui rebutait le plus de gens, esthétiquement parlant, le problème a été magistralement réglé avec cette fourche joliment intégrée au design du vélo. Elle est en carbone, bien sûr, légèrement cintrée, et colle magnifiquement à l’ensemble grâce à son allure juste rétro comme il faut. Elle permet de gagner aussi plusieurs centaines de grammes…
Reste la boîte de pédalier. C’est bien simple, on dirait la même qu’il y a trente ans !
68 mm, de type BSC, donc conçue pour recevoir des roulements externes vissés, sauf qu’avant, les roulements étaient dans la boîte ! Ça change tout : rigidité, fiabilité, Q-factor (tient, ça, c’était la folie il y a dix ans et aujourd’hui, tout le monde s’en fout !) et bien sûr, ça impacte la nervosité du cadre. C’est une des raisons qui fait qu’un acier aujourd’hui se comporte différemment, notamment côté rendement : c’est bien meilleur. Sans parler de la rigidité des ensembles pédalier/axe de pédalier/plateaux d’aujourd’hui. Bref, c’est tout bon. Et puis, nous avons droit à sept tailles. Ce qui est impeccable ! La géométrie est un juste milieu entre sportivité et stabilité : les cadres sont assez longs, comme les aimait Eddy, alors que les bases sont moins courtes que sur un vélo de compétition. Enfin, les douilles sont bien plus hautes : le dos dira merci, en plus du confort naturel de l’acier. On a donc affaire à une machine tolérante mais avec une touche de sportivité. Pour un acier, bien sûr.

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EQUIPEMENT :
DU CAMPAGNOLO, ÉVIDEMMENT !

Comment aurait-il pu en être autrement ? Un Merckx acier est difficilement envisageable autrement… Alors, bien sûr, il aurait mérité, au moins du Record, mais il faut parfois savoir raison garder, comme disait l’ineffable Jacques Chirac !
Même si l’on s’en sort bien. D’autant que l’Athena lui va très bien au teint. Certes, la version aluminium « blanc » se discute (nous, on préfère), mais il n’y pas mort d’homme. Et puis ce cadre doit pouvoir s’acheter nu. Reste que le petit look rétro de ce groupe, là encore, correspond au poil au Liege75. Bien vu, messieurs.

Finalement, la question qui fâche se situe du côté des roues. Modernes, noires, à rayonnage G3, les Vento dénotent un peu par leur modernité, quand même, non ? On aurait plutôt vu des Neutron… Et on craint qu’elles s’avèrent un peu trop rigides, pour une fois. Un cadre acier, c’est une alchimie. Et il faut impérativement que les roues et le cadre se complètent, en termes de comportement. Si les roues prennent trop le pas sur le cadre, ça peut mal se passer… le test va nous apporter la réponse.
Le reste de l’accastillage est bien dans l’esprit de compet’ des Belges : pas question de mettre de la « merdouille » sur une telle machine ! On retrouve donc du Deda, en gamme Zero100, l’ancêtre de la Newton, LA gamme course pendant des années et des années chez Deda ! A l’arrière, on trouve une selle Prologo plutôt douce et rembourrée (trop ?), et une tige RS 01 assez traditionnelle, dotée d’un chariot à réglage ultra précis mais un peu complexe… globalement, il n’y a rien à jeter !

Admirez la base chromée et la finition des pattes. Une merveille !
Admirez la base chromée et la finition des pattes. Une merveille !

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SUR LA ROUTE

J’avais hâte de tester ce pur acier à roues aluminium Campagnolo Vento, donc.
J’hésitais entre redécouverte, une fois encore, des ultra agréables qualités naturelles de l’acier, et un vélo un peu apathique. Il se trouve que, rapidement, j’ai pu raisonner sur deux points : le premier tient dans le poids du Merckx. Indéniablement, passés les 8 kg, une machine perd quand même de sa vivacité et de sa réactivité. Le deuxième est que les roues Campagnolo Vento sont des roues qui n’aiment pas bien les côtes !
Sur le plat, le Liege75 fait merveille. Le roulement des pneus Vittoria Open Corsa CX fait son oeuvre. C’est doux et extrêmement agréable. Et rouler sur un Merckx en acier, qui plus est orange, vous oblige à un minimum d’allure. Dans tous les sens du terme !
Mais voilà que la côte de la Roque-sur-Pernes arrive. Et là, on change de ton. Je constate vite que le Liege75 « n’envoie » pas comme le Ridley. Je sens mes cuisses chauffer jusqu’à un certain niveau, très supportable cependant. Mais je sens aussi qu’il est inutile d’essayer d’en ajouter pour aller plus vite, je risque de le payer au prix cher. Ce n’est d’ailleurs pas une grande surprise. Entre ses presque 9 kg et les Vento, il ne fallait pas s’attendre à une machine de guerre. En revanche, l’acier fait son oeuvre : je grimpe bien, à un bon petit rythme, et surtout sans me mettre dans le rouge. Mais j’ai besoin, dans les forts pourcentages, de toutes les dents dont je dispose, à savoir 27 ! Car voilà, je viens seulement de le vérifier, j’avais 36×27 ! Cela ne m’a pas sauté aux… cuisses dans la côte. Ce qui est carrément bon signe. Cela indique le niveau de tolérance de ce vélo. Et explique aussi le temps réalisé : 31 minutes et 16 secondes, ce qui est seulement une petite trentaine de secondes de plus que le Ridley. C’est excellent, pour le coup ! Mais il ne fallait pas moins de dents pour moi.
Dans la seconde partie de la Roque, j’ai dû m’employer un peu plus, mais sans me mettre dans le rouge.

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UN ACIER QUI A JUSTE CE QU’IL FAUT
DANS LE VENTRE…

Premier constat à l’attention des « jeunes » : on peut aller vite avec ce vélo. Deuxième constat : le confort et les sensations sont différentes de ce que vous avez pu connaître sur un carbone. Enfin, le Liege75 prouve que l’acier est définitivement revenu dans la course. Carbone, aluminium ou titane compris. Alors, bien sûr, il est un peu moins rapide que le Ridley. Mais de notre point de vue, c’est uniquement une question de choix de roues. En revanche, le prix du cadre seul nous semble un peu élevé même si, au final, entre le confort, la classe et sa géométrie, le Liege75 est indéniablement au niveau et vous roulerez sur une machine de légende : à part Colnago et De Rosa, personne ne peut rivaliser !

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LA NOTE DE L’ACHETEUR CYCLISTE

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LA SYNTHÈSE DE L’ACHETEUR CYCLISTE
(cliquez sur les liens ci-dessous pour consulter les tests des autres vélos concernés par cette synthèse)

RIDLEY NOAH ULTEGRA MIX
LOOK 765

LE RIDLEY, NATURELLEMENT…

AUSSI ÉTONNANT QUE CELA PUISSE PARAÎTRE, EN DÉPIT DES ÉNORMES DISPARITÉS QUI EXISTENT ENTRE CES TROIS VÉLOS, SUR LE PAPIER, ILS SE TIENNENT DE TRÈS PRÈS ! LA RAISON VIENT DU FAIT QUE CHACUN A DE BELLES QUALITÉS, MAIS AUSSI QUELQUES « DÉFAUTS », MÊME S’ILS SONT DANS DES SECTEURS DIFFÉRENTS. MALGRÉ CELA, ON CONSTATE QUE LE RIDLEY NOAH ULTEGRA, LE PLUS RAPIDE SUR ROUTE, L’EMPORTE TOUT DE MÊME GRÂCE À UNE IMPRESSIONNANTE FACILITÉ JAMAIS VUE SUR UNE MACHINE DE MOINS DE 3000 EUROS ! BRAVO MESSIEURS.

En seconde position, le Look 765. Le Français s’appuie sur une bonne régularité dans chaque secteur. Mais ces Mavic Aksium sont trop « courtes » pour le faire passer devant le Ridley. Il peut pourtant se targuer de proposer un poids assez compétitif dans ce comparatif. En, gros, le Look ne souffre que de ses roues. Tout le reste est bon. Sauf que les roues, c’est capital…
Enfin, le Merckx Liège75. Ce classement reste une surprise pour nous. Ce vélo, on l’aurait presque vu devant. Mais l’acier paie un lourd tribut à sa masse. Avec 600 g de plus que le second, le Look, et 800 g de plus que le vainqueur, il lui était impossible de revenir dans la course. Mais au moins, le message est clair : un acier, sur le papier, c’est lourd mais, à l’usage, c’est tellement tolérant que cela en devient efficace.
Quant à mon choix personnel, j’aurais signé des deux mains, avant le tour-test, pour le Merckx. Je connaissais le Look et savais que son côté très (trop ?) doux allait me poser problème. Mais voilà, devant l’efficacité du Ridley, je me retrouve face à un véritable dilemme : lequel des deux Belges choisir ? En fait, j’aurais voulu prendre le Merckx et lui coller les roues du Noah. Mais ce n’est pas le jeu, il me faut me prononcer pour l’un d’entre eux…
Alors, je garde un penchant vers l’exceptionnelle efficacité du Ridley. Et puis j’ai adoré sa position !

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Richard Jamin est le président-fondateur et le directeur de publication du magazine L'Acheteur Cycliste. C'est lui , il y a 13 ans, qui à eu l'idée et le courage de créer le premier magazine d'achat du vélo de route. C'est un véritable passionné du vélo de course, il possède aussi un sacré caractère.