La Chronique a 5 cents...

Championnat du monde de gymkhana !
Le sud fait partie de ces endroits où il se passe des choses inénarrables.
Mais je vais tout de même essayer, pour la beauté du geste.

Voilà, l’autre jour, j’ai pris le TGV Lyon/Avignon et, pour des raisons d’organisation, j’ai pris mon Gravel avec moi. Ça évite l’attente à Avignon d’un hypothétique taxi et ça simplifie tout… ou presque.
A l’heure du tout vélo, des bobos en goguette sur leur Giant électrique ou des « rebels » carrément en « fat bike », j’ai voulu sortir des grandes villes et m’attaquer à la France d’en bas. Enfin, celle où règne le soleil. Naturellement, j’ai choisi les alentours du Ventoux.
On sait qu’Anne Hildalgo chérit les parigots à vélo, qu’à Hossegor, les gamins transportent leur planche surf à vélo ou qu’à Marseille, un bon vélo est un vélo volé donc il y en a partout. Mais qu’en est-il à Avignon, Provence, Sud-Est ?
Et bien… je vais vous le dire comme dirait un célèbre petit cycliste français s’il en est : Ici, c’est koh-lanta !
D’abord, on sait que faire du vélo dans un couloir de bus c’est un peu comme le tir aux pigeons…Si le bus rate celui qu’il visait, il se rattrape souvent sur un autre qu’il n’a pas vu ! Pour être honnête, difficile d’en vouloir aux Ponts & Chaussées parisiens vu le peu de place disponible pour caser une piste cyclable dans les rues de Paris. Donc, on fait avec. Marseille, Lyon, même combat
Mais à Avignon, changement de logiciel, c’est plus sport : ils mettent quand même des pistes cyclables mais là où il n’y pas la place. Du tout. D’abord, faut donc trouver la piste cyclable. Quand il y en a une, elle est mieux planquée qu’un tireur d’élite américain au Vietnam. Mais une fois que tu l’as débusqué, contrairement aux apparences, les ennuis commencent.
En sortant de la gare TGV, tu y crois. Un large ruban de bitume, avec marquage au sol et tutti quanti.
Il fait beau, on a le vent dans les cheveux et on est en sécurité. A côté les voitures filent mais tu t’en fous… t’es bien.
Et puis soudain, sans prévenir, ça passe en mode sauvage. Ta belle piste disparaît et tu dois bien viser, en passant sous un pont, entre le mur et la barrière en fer. Il fait tout noir d’un coup dans tes lunettes de soleil. C’est Gilbert Montagné à vélo. Si tu touches l’un des deux bords, tu t’offres un double rebond, t’es bon pour l’hosto !
De l’autre côté du tunnel, pas mieux.
Maintenant, c’est un trottoir déguisé en piste cyclable qui t’attend. Il n’a pas vu un camion de nettoyage depuis 2ans !
En gros, c’est la zone des déchets de la route d’à côté. Si tu es en VTT ou en Gravel, ça va. En vélo de course avec des boyaux, tu songes d’un coup à tes « Conti » compétition que t’as payés 99 € pièce : ils risquent bien de ne pas sortir vainqueurs avec la « spéciale » du jour !
Si tu passes, tu atteins le niveau supérieur : La ville.
Tu en as fini des lignes droites plus ou moins accueillantes, te voilà dans le deuxième monde.
La ville, c’est presque drôle : t’as des virages à angle droit qui ne préviennent pas, des cretins en vélo électrique nez au vent ou qui pensent être aux 24h du Mans ! Mais le top, c’est la nénette sur son ville, les écouteurs bien enfoncés dans les oreilles et à qui on a dit, tiens, c’est TA piste cyclable. ! Donc elle ne vous voit pas arriver, elle roule au beau milieu de la piste et c’est toi qui finis par beugler comme une vache pour la sortir de sa léthargie musicale et éviter le choc frontal.
Ensuite, les enfantillages habituels : les deux nanas qui te traversent sous le nez au dernier moment les bras pleins de sacs de marques ou la voiture qui te coupe littéralement la route.
Enfin, le troisième monde, l’autre côté de la ville, le no man’s land. Celui qui va de village en village. Ici, c’est le domaine des camions d’artisans. Une chasse gardée. Des recalés du volant Elf reconduits en plombiers, maçons ou plaquistes. La piste cyclable, tu oublies. Déjà que sur la route ça passe juste pour deux voitures…
Parfois, toi, tu te retrouves entre les deux. La chicane mobile. Alors , quand l’un de ces petits camions-bennes arrive derrière toi, tu passes en Defcon 3 rien qu’avec le bruit du moteur . Le mec arrive à 100km/h sur une route limitée à 70. En face, t’as un jeunot en Clio de 2003 qui teste sa virilité à sa capacité à ne rien lâcher face au maçon qui une fois sur deux est à 2 grammes. Si t’anticipes pas en roulant dans la partie caillouteuse, tout est possible…Un jour, J’ai même vu un Electricien freiner en face de moi. Juré.
Quand ça passe, ce qui arrive heureusement souvent, t’as l’impression que c’est un 38 tonnes qui te double. T’es dans une soufflerie l’espace de 4 secondes puis la Provence reprend ses droits l’espace de quelques centaines de mètres. Odeurs, lavande, soleil…et puis le plaquiste arrive.
Bref, ici, tu apprends à faire du vélo sur le tas…ou tu vas au tas.
Enfin, il existe quelques villages magnifiques que tout un chacun rêve de visiter à vélo. Sans parler du Ventoux. De nouveau, les pistes cyclables sont « persona non grata » ! Là encore, tu es seul face à l’ennemi. Le moindre virage à l’aveugle, le moindre rond-point peut s’avérer fatal. Ici, ils ont une autre version du permis de conduire avec deux règles qui n’existent pas autre part : En premier lieu, il est autorisé de doubler à l’aveugle. Notamment les petits camions-bennes d’artisans. Leur péché mignon. A toi de serrer les miches…
Ensuite, le rond-point. Ici, la priorité appartient à celui qui arrive le plus vite. Les pointillés au sol, les panneaux « cédez le passage » sont des objets de décoration. Si tu es dans le rond-point, donc avec la priorité, et qu’en face, une Astra de 2008 arrive à bloc, tu sprintes pour te barrer, tu fais ta prière ou tu t’arrêtes. Tu laisses alors passer Jean Alesi et tu peux repartir sain et sauf. Ne comptez pas sur les équipements de sécurité actuels pour vous protéger, ils sont dépassés par le niveau local….
un casque, ici, ça sert surtout à retrouver la tête dans les champs : Une boule fluo, c’est plus visible dans la lavande…
Vous aurez donc compris qu’au pays du vélo, de la Provence et cette belle ville d’Avignon, vaut mieux an-ti-ci-per ses sorties si vous voulez voir autre chose que leur Pole Santé de Carpentras ou le cimetière.
Notre conseil ? fastoche : Prenez vos vacances en Janvier, optez pour des sorties le lundi vers 16hoo et le samedi matin. Là, vous êtes peinard. Le lundi et le samedi ils ne bossent pas et l’hiver, fait trop froid pour sortir en voiture. Avec un peu de bol, ça peut même geler. Dans ces cas-là, ils font « Holidays On Ice » tout seuls, comme des grands.
Alors, on réserve ?

RJ

La Provence, c'est aussi ça, bien sur....Ici, la D177, direction l'Abbaye de Senanque et le magnifique village de Gordes, à 14 km

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