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Time : LES TEMPS NOUVEAUX

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Depuis 2003, Time a changé trois fois de site, a ouvert son usine en Slovaquie, a arrêté les cadres sur-mesure et a dramatiquement perdu son visionnaire patron fondateur, Roland Cattin. Mais durant cette période, la marque, emblème mondial du savoir-faire carbone, a parcouru un chemin tortueux semé d’embuches. Mais sans jamais lâcher ce qui l’a toujours différenciée des autres : sa technologie. Aujourd’hui sous la coupe de Rossignol, numéro un mondial du ski, Time entreprend un nouveau décollage avec le plein de kérosène dans les fusées. Objectif, retrouver les étoiles.

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Time a gagné plus de Tours de France que Colnago. C’est sur Time que Paolo Bettini a remporté deux championnats du monde de suite, c’est à Time que la plus forte équipe des classiques depuis vingt ans doit beaucoup de ses succès. Time, c’était ça.

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Une marque unique, fabriquée en France, et porteuse de nombreux concepts novateurs en termes d’ingénierie mécanique. Et puis les années 2000 ont vu la mondialisation poser sa grosse patte sur le marché du vélo de course. En effet, la conception et la fabrication d’un Time coûtent cher. L’Asie s’impose comme l’usine du monde, Time souffre.

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Attention, collector : le VXRS de Paolo Bettini, champion Olympique en 2004 à Athènes. L’Italien sera aussi double champion du monde.
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Le VXRS de Tom Boonen, cette fois-ci ! Champion du monde en 2005 à Madrid.

« Big is beautiful », disent les Américains. Rolland Cattin, l’emblématique fondateur de la société en 1987 l’a enfin compris. Lui, l’ingénieur, a mis du temps à l’accepter. Un premier bouleversement s’effectue lorsqu’il déménage Time de Montferrat-Les Abrets (entre Bourgoin et Chambéry), déjà en Isère, à Vaulx-Milieu. Nous sommes en 2008. Malgré une nouvelle stratégie marketing et commerciale, la nouvelle équipe dirigeante échoue.

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Quatre ans plus tard, en avril 2012, un plan de sauvegarde est mis en place. Le décès accidentel de Roland Cattin le 19 octobre 2014, l’éminence grise de la marque, scelle la fin d’une époque et presque de Time. Mais en 2016, après que tout le monde (mairie, région, entreprises privées et investisseurs) s’est relevé les manches, Rossignol achète et sauve Time. C’est le début d’une nouvelle ère : moyens financiers, marketing et communication sans commune mesure. Mais pas mal de chose sont à rebâtir, à commencer par le réseau et la gamme. Cela fait un an que la nouvelle équipe travaille dessus.

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Une fabrication éclatée…
pour faire perdurer le rêve

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Entièrement construits en fibres tressées, les cadres Time sont quasiment immunisés contre le délaminage. Un peu plus lourds que la concurrence, c’est aussi l’un des secrets de leur légendaire fiabilité.

Entre les pédales, le tissage des chaussettes en carbone pour les cadres, l’injection de carbone compressé et, bien sûr, le RTM, cette technique qui consiste à emmener la résine dans les fibres de carbone, Time nécessite plusieurs centres d’expertise différents en trois lieux géographiques distincts. Une réalité aussi bien historique qu’économique : à Nevers, ce sont les pédales. C’est là-bas que tout a commencé. C’est là-bas aussi que des hommes et des femmes ont été embauchés pour démarrer une aventure de vie. Difficile de s’en aller (trente personnes)…

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Voreppe est le nouveau siège de la société. Installé en face de Rossignol, Time fait désormais partie d’une famille. Une nouvelle donne pour la marque. Une nouvelle approche du marché, aussi. Time n’est plus seulement un constructeur à la technologie révolutionnaire et au savoir-faire d’exception : ici, on cherche, on étudie et on développe tous azimuts (trente personnes).

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Enfin, la Slovaquie (trente-neuf personnes). Depuis quelques années déjà, Time avait dû se résoudre à délocaliser une partie de sa fabrication : les charges et taxes en tous genres destinées à gaver l’état Gargantua ne leur avaient guère laissé le choix… Ici, c’est la « série ». Le volume. La fabrication des cadres une fois les « chaussettes » rapatriées.

Une technologie inchangée,
mais qui se doit d’évoluer

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En quinze ans, c’est la troisième fois que nous nous rendons chez Time. Et cela fait trois fois que nous tombons sur les mêmes machines, ces fameuses tresseuses, toujours aussi spectaculaires et… uniques ! Le principe est simple, constituer une tresse, d’un diamètre donné (et variable en fonction des réglages de la machine). Ici, point de superposition de bandes de carbone pré-imprégnées (de résine) de type UD ou bidirectionnelles, mais un « tube », la chaussette de carbone, fruit du mélange de différentes fibres. Chaque rouleau monté sur la tisseuse peut être différent et c’est ici que réside déjà une partie du savoir-faire de Time. Ensuite, une fois la tresse carbone réalisée, on place cette chaussette, préalablement coupée et positionnée, sur une âme en cire, dans le moule. On y injecte la résine et environ une heure après, on démoule. Il faut donc être aussi performant en termes de technologie carbone que chimiste averti : avec 40% de résine dans un cadre carbone, on comprend aisément l’importance du comportement de cette dernière.

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Sur le papier, un cadre Time et sa conception spécifique à l’aide de tubes « chaussettes » sont donc, mécaniquement, imbattables face à un cadre carbone traditionnel (à base de tubes constitués de superpositions de couches). C’est d’ailleurs ainsi que Time a bâti sa réputation. Mais la concurrence a progressé. Et pas qu’un peu. Le mélange de différentes fibres, la généralisation des fibres unidirectionnelles, et l’incidence des nanoparticules dans la résine ont changé la donne. Alors, Time évolue, sous la houlette de son nouveau directeur R&D, Xavier Roussin-Bouchard et de son équipe (Olivier Cellier et Nicolas Didier). Si la technologie reste la même, le choix des fibres carbone, leurs types et leurs densités vont probablement évoluer. 2018 sera donc l’année de la première gamme de vélos Time… 2.0 !

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Au-delà de la technologie, Time va enfin pouvoir compter sur un
allié de poids : la puissance de communication d’un groupe qui
réalise un chiffre d’affaires de 210 millions d’euros et est présent
dans le monde entier. A l’heure où le marketing et le design
ont fini par remporter la partie, au moins sur le moyen terme,
face à la technologie et la qualité de fabrication, cela change
tout ! Sans les nommer pour autant, certaines très grandes
marques « successful » de ces dernières années se sont révélées
plus fortes en marketing qu’en fabrication, sponsoring ou
reconnaissance. A qui la faute ? A nous, clients !

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Time bientôt… norvégien ?

Chez Rossignol, au dernier niveau de décision du groupe, donc, on s’active en coulisses. En effet, le groupe bancaire australien Macquarie, actuel actionnaire majoritaire, est en pleine négociation avec la société Altor. Qui? Altor. La maison-mère spécialisée dans les loisirs extérieurs, propriétaire notamment d’Helly Hansen, la marque de vêtements mer/montagne à la réputation internationale, serait en phase finale de rachat du fabricant français à Macquarie. A l’inverse du rachat de Pinarello par LVMH, ce qui fait des vélos de la Sky et Froome une marque française, Time deviendrait donc une marque… norvégienne !

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Pascal : 30 ans chez Time ! Quand il trouve que quelque chose ne va pas sur un cadre, il vaut mieux lui dire oui et chercher ensuite le problème ! La technologie, c’est bien. Mais sans l’oeil de l’homme, cela finit souvent mal !

L’alignement des planètes

Time a aujourd’hui la chance unique de disposer de ces deux armes capitales en même temps. Une fenêtre de tir qu’il convient de ne pas manquer. Si le rachat du constructeur Felt, conjointement à celui de Time, ouvre les portes du continent nord-américain à la marque française, nous sommes surpris de constater que Time, dans un souci d’uniformisation, passe sa garantie d’une durée à vie à… deux ans ! Un mauvais message, un peu maladroit et, surtout, peu révélateur du niveau de qualité de leurs produits !

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Ceci dit, avec Rossignol, Time nous promet un feu d’artifice dans un an. D’ici là, le travail a déjà commencé en coulisses : dès aujourd’hui, via son configurateur digital, Time propose ses Scylon, Fluidity et Izon en montage quasi à la carte et à la couleur personnalisable !

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Un premier pas qui indique, au passage, que Time ne vendra plus ses vélos tout à fait comme avant : les magasins auront un voire deux – au
mieux – vélo(s) personnalisé(s) en exposition… histoire de toucher, de soupeser la bête. Ensuite, à vous le clavier de l’ordinateur et la «création» de votre futur Time. Le défaut de la cuirasse est qu’il sera, apparemment, impossible de tester son futur vélo. Sauf si votre détaillant fait la même taille que vous ! Mais l’Acheteur sera là pour vous… en espérant que la nouvelle organisation Time suive le mouvement.

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D’un côté on tisse, de l’autre, on compresse ! Sélectionnez des feuilles de carbone, roulez-les, puis introduisez-les dans un moule. Envoyez la pression, et vous obtenez des pattes… faites maison !

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A vous de jouer, Messieurs !

Avec la même technologie, un mix d’anciens et de nouveaux collaborateurs, moins de stock, une approche commerciale différente, un montage « digital » à la carte, et une puissance de feu sans commune mesure avec l’ancienne organisation, le rachat par Rossignol offre à Time sûrement sa dernière chance de retrouver les sommets. Cette période bénite de la marque, lorsque les Tom Boonen et autre Paolo Bettini se félicitaient de pouvoir rouler sur des vélos Time. Lorsque la marque était
championne du monde et olympique. Alors on compte sur vous, Messieurs.
A Roland.

Renseignements : www.time-sport.com/fr

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Richard Jamin est le président-fondateur et le directeur de publication du magazine L'Acheteur Cycliste. C'est lui , il y a 13 ans, qui à eu l'idée et le courage de créer le premier magazine d'achat du vélo de route. C'est un véritable passionné du vélo de course, il possède aussi un sacré caractère.