Specialized Creo SL : la Rolls des routes électriques ?

Specialized Creo SL : la Rolls des routes électriques ?

18 septembre 2019 Non Par Richard Jamin

 Un moteur qui se désenclenche ?

Tout nouveau , tout beau mais sacrement cher…

Vendredi 19 Juillet. Bourg St Maurice, vallée de la Tarentaise, entre Beaufortain et la Vanoise. C’est ici que Specialized a donné rendez-vous aux journalistes… « électriques » pour découvrir le tout nouveau S-Works, version motorisée.

L’endroit a été choisi à dessein. Dans trois directions sur quatre, ça grimpe ! Et pas qu’un peu : Tignes, Val d’Isère, les Arcs ou Beaufort-sur-Doron. Comprenez montée des Arcs, Iseran, Petits Saint Bernard ou Cormet de Roselend. Pas un col en dessous de 1980 m d’altitude.

Largement de quoi mettre le Creo SL à l’épreuve. ET pour une fois, mon poids va être un atout. Car un vélo électrique réussi route, c’est avant tout une machine dont l’autonomie doit être compatible avec une sortie aux standards des routiers, soit minimum 80 kms.

La première fois que Nous avons dédié la couverture d’un numéro de l’AC aux vélos électriques c’était en 2006. Puis nous avons suivi ces machines de près pendant des années. Jusqu’au jour ou Haibike a sorti le premier vrai vélo de route électrique, à moteur Bosch, le X-Duro. Avec 19 kg et sa longue batterie, le Haibike ne m’avait pas permis d’atteindre le sommet du Ventoux. À l’époque, Alex Lombardo, 22 ans et ses 58 kg tout mouillés était parvenu lui au sommet. Sauf que je n’ai jamais vu un type de 22 ans s’acheter un vélo électrique de route. Encore moins à 5 999 €.

Bref, l’expérience brillait par son originalité mais n’a jamais représenté l’esquisse d’un marché potentiel.

Moi, oui ! 50 ans et 90 kg, j’étais déjà plus dans la cible !

Et ça, des années plus tard, Specialized l’a parfaitement compris. Mais chez eux, le sport est omniprésent. Il leur fallait donc trouver la solution pour relier la pratique du vélo de route en tant que telle et une assistance électrique adaptée, progressive, ludique.

Sur le marché actuel, on dénombre quatre motoristes principaux : Bosh, Ebike-motion, Fazua et Yamaha. Il en existe d’autres mais qui nous intéresse moins (Samsung, Panasonic, Batang, Morini, etc.).

Pour ses VTT, Specialized utilise les moteurs de la société allemande Brose. Puissants et fiables, ils sont malheureusement lourds et imposent des contraintes techniques inadaptées dans l’optique de leur montage sur un vélo de route de course.

Et puis Specialized souhaitait une puissance adaptée à l’utilisation d’un « routard ». Ils ont décidé de créer eux-mêmes les plans de leur futur moteur « route ».

C’est celui-là qui équipe les nouveaux S-Works et Experts

Plutôt sympa, non ?  12.200 kg le morceau mais…de 8499 a 12499 €.

 

Dans le Cormet de Roselend, comme qui rigole…

Doucement mais surement, on se rapproche de l’allure d’un pur route pour peu qu’il soit « aero » !

 

Sur la route…en col.

Ce col 1re catégorie culmine à 1 968 m et a été escaladé 11 fois par les coureurs du Tour. Il fait 19, 4 km et annonce un dénivelé moyen de 5,8 % pour des rampes maximums à 9.8 %. Déjà un beau bébé !

C’est la fleur au fusil que je m’attaque à lui. Je l’ai déjà monté en « mécanique » mais ça date…

Le S-Works dispose donc de 3 modes plus 1. Eco, Sport et Turbo. Le 1er mode coupe l’assistance mais pas le courant.

Mon premier réflexe est de ne pas allumer l’assistance et de voir si vraiment ce vélo peut rouler seul.

La réponse est immédiate et positive ! Aucun problème. Je monte même un raidillon à 10 %, sur le 42 dents, quand même, et le vélo monte ; presque facile. Impressionnant dois-je dire. Aucun bruit et seule la résistance de ses 12,2 kg s’oppose à mon effort

Et puis c’est l’ascension. Alors que tous partent sur un rythme soutenu, je reste moteur éteint. Je veux vraiment savoir si on peut s’en sortir sans l’assistance. D’ailleurs, après environ 800 mètres Billy, le « Turbo Hero » comme on dit que Specialized, revient à mes côtés « Un problème ? »

Non Billy, mais je roule à « l’eau claire » !

Et puis je passerai en mode Eco. Le mode eco est certainement le mode le plus jouissif de ce vélo. C’est le plus faible, certes mais aussi c’est celui qui vous fait faire du vélo tout en vous aidant. Pour imaginer, sachez que sur une pente a 6.5 %, je roule à 12 km/h. Comme la réalité, en gros pour moi. Sauf qu’en termes d’effort, c’est nettement plus doux mais on est en prise, indéniablement. On sent bien que 20 bornes comme ça, ont fini naze quand même !

J’ai connecté mon Garmin pour disposer de toutes les infos en réel. Bien sûr, Garmin, c’est Garmin et la cadence fait un peu ce qu’elle veut. Je le regrette, la cadence est capitale sur un VAE : sachez que quel que soit le mode, une cadence de 75/80 coups de pédale par minute est sûrement l’idéal entre sport et assistance. Je le constaterai tout au long de la montée.

Je resterai longtemps sur « Eco » en utilisant le 36 dents derrière.

Puis, après 10 km, ce sera au tour du mode « Sport ». Une vraie différence mais pas forcément comme aurait pu l’entendre : on va certes plus vite mais de très peu : en gros, entre 1.5 et 2 km/h de plus. Non, ce qui change véritablement c’est la cadence, donc l’aisance. Sur une route à environ 6 %, on gagne en moyenne sept coups minutes.

À ce niveau, le changement et l’assistance sont radicaux. Ce mode permet de suivre des coureurs très en forme dans un col. Je pense que c’est son intérêt principal.

Avec ce mode, pas de souci si vous voulez-vous dépouiller, c’est toujours possible. Mais si vous voulez y aller vraiment tranquille, alors monter les dents et tout rentre dans l’ordre. Je retrouve quelques-uns de mes comparses disséminés dans le col.

Puis, sur environ 3 km, je mettrais le mode Turbo. Il porte bien son nom mais reste très progressif, ce qui vous donne toujours l’impression de faire du vélo, ce qui n’est pas négligeable ! Mais la encore, on n’augmente « que « de deux km notre vitesse. À braquet égal, s’entend. Mais passer de 12 à 14 km/h sur du 8 %, ça déménage !

Mais de nouveau, il semble que le bon choix avec ce mode soit surtout la volonté de grimper des rampes sévères plutôt que de faire un « record » qui n’a ni queue ni tête !

A 9 %, je suis a 10 km/m. Ce n’est pas rien pour un attelage de plus de 100 kg ! Surtout après 16 km de montée : Ça use de la calorie et du watt, croyez-le bien !

Même En 36 et parfois en 42 dents. Mais je commence à m’essouffler un peu. Je touche mes limites…

Je serais monté quasiment en permanence à 145 pulsations/minutes. Moi, je culmine, quand tout va bien, a 175 et je commence à le sentir vraiment à 150 environ. Moralité, je serais monté en haut du Cormet de Roselend sans jamais m’être mis, d’une façon ou d’une autre dans le rouge. En revanche, je sens clairement les effets de l’effort je suis quand même fatigué. En un col. Après environ 1 h 30 d’effort

Verdict

 

Le poids est captal ! Encore plus que prévu…

D’abord pour l’autonomie. J’aurai utilisé quasi 75 % de la capacité de ma batterie. Les autres, plus légers, doivent avoir au moins 2 à 3 bars de capacité de plus que moi. Quant à Jéromine, elle, elle avait sûrement encore une barre supplémentaire

Premier constat : si vous faites plus de 90 kg, c’est batterie auxiliaire (Rage) obligatoire

Second constat : le Specialized est léger et très maniable. Rien à voir avec un VAE classique

Troisième constat : Il surpasse le Look qui jusqu’à présent était pour nous le meilleur avec son moteur Fazua.

Cerise sur le gâteau, L’appli Mission Control est top. Notamment le smart mode, qui calcule le niveau d’assistance en fonction des infos que vous lui donnez. En Temps ou en km.et encore bien d’autre possibilité comme celle qui vous permet de paramétrer vous-même la puissance de l’assistance ! Super !

C’est donc le meilleur vélo de route à assistance électrique.

Cela vaut-il ce prix ? Comme souvent avec Specialized, la réponse est à mi-chemin entre le produit et la communication.