Raymond Poulidor : Faux perdant sur la route, vrai dans la tête…

Raymond Poulidor : Faux perdant sur la route, vrai dans la tête…

26 novembre 2019 0 Par Richard Jamin

Raymond Poulidor dit « Poupou » nous a donc quitté.
Il avait 83 ans.Il a arrêté sa carrière en 1977. Comme Merck à un an prés.
J’avais 12 ans.
Si je me souviens parfaitement d’Eddy, j’avoue avoir un trou concernant « Poupou ». Si ces deux champions ne sont évidemment pas comparables par leur palmarès, ils le sont par leur époque. Tout comme Hinault, qui débutait et Thevenet, qui signe alors entre 75 et 77 ses deux victoires sur le Tour. Pourtant, seul « Poupou » est passé en dessous de mon radar…
Et pour cause : Poupou, ce n’est pas le Blaireau, pas le Cannibale ni même Thevenet , le champion sans surnom. Même pas « Didi » Thureau, l’étoile filante du Tour 77. Poupou, malgré toutes ses qualités sportives , c’est surtout le français « moyen » de l’époque. Le gentil champion. Celui qui ne ferait pas de mal à une mouche et qui garde un sourire en  accrocher sur son visage en toutes circonstances, mêmes les pires
Un mec bien, quoi. Mais un champion incomplet.
Autant dire que sans ce « killer instinct  » qu’avaient les sus nommés, Poulidor était « juste » un surdoué du vélo car pour gagner au top niveau, il faut savoir et avoir envie de détruire son adversaire. Tout le contraire de Poupou.
Mais en France, on trouve instantanément aux morts récents  une image souvent plus flatteuse qu’ils n’ont été en vérité.
Le bal des hypocrites entonne alors son air favori  habituel…
« la fin de mon enfance »,  » un survivant », « le dernier des mohicans », tout est bon pour lui tresser des lauriers imaginaires qui souvent flattent surtout celui qui écrit.
Il n’en a pas besoin.

D’ailleurs, si on garde un peu la tête froide et que l’on observe son palmarès, on découvre un coureur qui a gagné 46 courses en… 17 ans de carrière !
le reste, qui porte son score à 189 victoires, ce sont, à 95 % , des criteriums. D’Oradour-sur-glane, en passant par Ussel, La Trimouille ou encore Garanciere-en-Beauce, Poulidor écumait avant tout la France des criteriums. Nous allons en reparler..
Ça fait donc 10 courses par an dont, en moyenne, 8 criteriums. Pas rien. Une multitude de coureurs signerait des deux mains pour un tel palmarès mais à l’échelle d’un champion, on comprend bien qu’il existe un décalage avec la popularité du garçon.
On en revient à son image de paysan de la Creuse des années 70. Une image qui collait tellement à la France d’avant, avec son béret et son pain sous le bras…
Si Poupou n’a gagné « que » si peu de grandes courses, c’est probablement pour deux raisons : la 1ere, tout le monde s’en doute : trop gentil. la seconde, nettement moins…

Poulidor et Jean-christophe Peraud

Il y a trois ans, Jean-Christophe Péraud s’offrait un selfie avec celui sur qui les années n’avaient pas prise..

Poupou avait des oursins dans les poches. Et pas qu’un peu !

Voila le pourquoi de son omniprésence dans les criteriums…
Reste que  pour ne pas perdre de grandes courses lorsque l’on est en position de les gagner, il faut souvent des alliés de circonstance. Et à l’époque, ( c’est encore vrai aujourd’hui …) il fallait savoir sortir les « talbins » en cas de besoin.Ce qu’Anquetil n’hésitait jamais à faire , tout comme Hinault, et plus prés de nous Museeuw, Vinokourov et consorts
Poupou, non.
Deux anecdotes le démontre de manière éclatante.
Poulidor avait une Mercedes.Une 280 SE.Le constructeur Allemand avait alors une pratique marketing liée à l’endurance légendaire des moteurs de ses voitures : si vous faisiez 1 million de kilomètres avec votre Mercedes, alors Mercedes vous offrait le modèle analogue du millésime en cours. Pas tomber dans l’oreille d’un sourd,ça. Raymond est arrivé à 740 000 km !
Mercedes, flairant le joli coup de pub n’attendit pas le million et offrit une 320 à Poupou avec tambour et trompette !
Double gains pour Raymond :La voiture et 260 000 km économisés. Mais nul doute qu’il avait le million en tête.
La seconde anecdote est… »pire » !
Certains de ses coéquipiers voyageaient régulièrement avec lui pour se rendre sur les courses.
Et Poupou avait la curieuse habitude de s’arrêter très souvent aux pompes à essence en ne mettant que quelques litres d’essence à chaque fois. Plusieurs de ses coéquipiers et adversaires, mais néanmoins amis, s’en étaient étonnés. Un beau jour, Thevenet lui posa la question  » Mais Raymond, pourquoi t’arrêtes-tu  si souvent pour faire de l’essence ? Fais le plein une fois pour toute et on gagnera du temps » s’écria Bernard. la réponse de Poupou le cloua sur place  » Vois-tu Bernard, je mets à chaque fois 15 francs d’essence. Et je paye en chèque. lorsque le pompiste me reconnait, ce qui arrive à chaque fois, il préfère ne pas encaisser mon petit chèque et garde ainsi mon autographe qu’il accroche ensuite derrière sa caisse ! »
Résultat, je ne paye jamais mon essence ou presque !

Ça, c’était Poupou dans toute sa splendeur de paysan pour qui un sous était un sou. Alors pensez, sortir l’oseille pour un autre en course, ce n’était pas dieu possible..

Voila probablement la véritable raison de cette carrière  anachronique qui le rendit si pourtant populaire.
Sur un vélo, Il était cependant et indéniablement de la race des seigneurs. Un excellent rouleur doublé d’un grimpeur juste en dessous des purs spécialistes. Comme Hinault, Anquetil ou Indurain .
Poupou à finalement surement été le champion le plus pur depuis 50 ans. Il l’a payé cher au décompte final des victoires mais a gagné haut la main la bagarre de la popularité dans le cœur des français

A jamais.

Salut champion

RJ