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Peloton
Présentation du Tour 2017. Tous les regards, tous les objectifs sont braqués sur le leader de la Sky, Chris Froome. Des révélations viennent ternir l'image du surpuissant Team en noir.

Peloton « Pro » : Médicamentation, aut,traitement. Où est la limite ?

Il y a quelques mois, Maria Sharapova, tenniswoman, a été déclarée positive à un médicament précédemment autorisé. Puis les Russes ont sorti l’affaire Sky. Au rugby, trois immenses joueurs (au moins) du Racing 92 utiliseraient des corticoïdes. La médecine est au cœur du problème. Mais où sont les limites ? Et qui les communiquent ? Avec quels moyens ? Vaste sujet qui montre que rien n’est simple pour le sportif de haut niveau…
Nous avons demandé à un médecin du sport, sous anonymat, statut oblige, de nous aider à y voir plus clair.

PELOTON « PRO » MÉDICAMENTATION,
AUT, TRAITEMENT.
OÙ EST LA LIMITE ?

A ce jour, lorsqu’un sportif pratiquant un sport individuel est malade, il fait comme tout le monde, il va chez son médecin. Normalement un médecin du sport. Lorsque que ce sportif évolue dans une équipe, donc un club, ce dernier est sensé avoir un médecin dans son team qui, lui, sait tout sur tout. Sauf que dans la réalité, rien ne se passe comme cela. Les médecins, même (et surtout ?) les plus honnêtes, sont désarmés face à la complexité du système.

D’abord, la mondialisation du sport a multiplié la provenance des médicaments. Russie, USA, France ou Australie n’utilisent pas tous, loin de là, les mêmes médicaments provenant des mêmes laboratoires pharmaceutiques. Il est donc humainement impossible pour un médecin de connaître la composition de tous les médicaments du monde. Et même
dans ce cas, certaines appellations peuvent prêter à confusion.

Vue de l’œil d’un spectateur, la réponse fuse : et Internet, c’est pour les chiens ? Il suffit de vérifier la teneur du médicament utilisé par un sportif ! Eh bien non. Car les limites sont parfois… mobiles ! C’est ce qui s’est passé pour Sharapova. Même si elle (ou son entourage) a été soit disant prévenue trois fois, le résultat est un contrôle positif au Meldonium. On note que ce médicament, inconnu en France, est monnaie courante en Russie.

UN SITE INTERNET DE L’AMA MIS À JOUR QUOTIDIENNEMENT…

Et bien ça n’existe pas ! C’est impensable, mais c’est ainsi. Comment se fait-il que chaque sponsor qui investit dans le sport de haut niveau ne voit pas un pourcentage de son investissement utilisé pour financer un tel site ? Même remarque pour les fédérations internationales : elles devraient toutes mettre la main à la poche pour faire vivre ce site. Réservé au sport de haut niveau, il tiendrait à jour tous les médicaments interdits. Ainsi, même le sportif, en aval des médecins traitants, bien sûr, pourrait vérifier le nom du médicament prescrit. Sous le sceau de l’anonymat un médecin sportif nous répond…
Dr X : « Actuellement, lorsque je reçois des gens de niveau mondial dans leur spécialité, ils sont inquiets à chaque ordonnance. Ce n’est pas normal. Mais ils n’ont aucun moyen de contrôler ce que nous leurs prescrivons. Entre une erreur ou une vraie volonté de doper un sportif (sous la pression d’un employeur pour un médecin de team « pro » par exemple), le sportif est hors de la boucle. Pourtant, c’est lui qui paie les pots cassés en cas de contrôle positif. Même, et surtout, lorsqu’il est de bonne foi. Il faut donc un système de contrôle fiable ! »

LES AUT (AUTORISATIONS D’USAGE À DES FINS THÉRAPEUTIQUES) : UNE PLAISANTERIE !

Les sportifs, notamment les cyclistes, sont très sujets à l’asthme ! Difficile de ne pas rire… jaune ! Ça revient à avoir un pilote de Formule1 unijambiste ou encore un parachutiste qui aurait le vertige ! Et bien sûr, les asthmatiques sont parmi les meilleurs. Avec toute la mesure possible (notre grande force à l’Acheteur…), on tutoie la mascarade, non ? Moi, en minimes, en cadets, mon frère, nos copains de clubs, Alex, ses
adversaires, on était tous asthmatiques, bien sûr ! Et le mec en pleine
forme, à la VO2 max de 8 litres, qui s’entraînait tout le temps, hyper doué et sec comme un coup de trique, qu’est-ce qu’on lui a mis ! Je me souviens encore de Laurent Masson. Mon frère et lui étaient alors au Val d’Oise Cycliste. Laurent détruisait tout le monde, absolument tout le monde, chaque dimanche. Une Formule1. Il a fini « pro » chez Système U,
en 1989. Zéro victoire. Il a arrêté pour un souffle au cœur, paraît-il. Et ceux qui lui tournaient autour, chez les « pros », ils avaient quoi ? Une sclérose en plaques ?
Il est temps de reprendre ses esprits. Mais au fait, ça se détourne facilement, une AUT ?
Dr X : « Pour disposer d’une AUT, il faut simplement que le sujet soit considéré comme ayant un problème ou une maladie récurrente. L’asthme, par exemple. Sauf que demain, si vous voulez être déclaré asthmatique, rien de plus facile. Aucun contrôle ne sera fait si je vous déclare asthmatique. Ensuite, je délivre une AUT et vous avez le droit de « soigner » votre asthme… »

Ainsi formulé, il va de soit qu’il faudrait que chaque pays dispose d’un centre médical pour sportifs de haut niveau. Chaque examen, chaque ordonnance, seraient vérifiés collégialement par une dizaine de médecins assermentés, labellisés « médecins sportifs ». Il est plus difficile « d’acheter » un peloton de médecins que de faire un don à l’UCI, comme certains, non ?

TOUT À FAIRE…

A la lueur de ces constats, il semble évident que se doper reste tout à fait
possible. Que pour gagner, il paraît inconcevable d’être « clean ». Mais, il
est temps d’ouvrir les yeux. Si l’on instituait à tout un chacun, vous, moi, les mêmes règles que celles que doivent suivre les professionnels, nous serions tous convaincus de dopage.
De tous temps, les coureurs se sont « aidés » pour gagner ou pour
simplement finir.
Aujourd’hui, l’importance du dopage dans le résultat est devenue probablement plus décisive qu’auparavant. Alors les valeurs brutes oscillent dangereusement, et avant que les morts ne jonchent les routes
du Tour ou du Giro, il a bien fallu agir. Mais la vérité semble indiquer qu’être coureur « pro » aujourd’hui, cela induit de se soigner. Juste pour finir décemment. Et certains en ont profité pour faire encore dévier la ligne
rouge.

La balle est encore et toujours entre les mains de la fédération internationale.
Quand donc cette dernière va-t-elle enfin comprendre que son rôle est de protéger son sport et ses acteurs et non de faire rentrer les euros, Qataris
ou autres, à tout prix ?

La déferlante SKY est elle encore crédible ? Même si l’on aime bien Froome, force est de réfléchir à sa «miraculeuse» transformation de coureur très moyen (voire médiocre) en super champion capable de dominer sans souffrir les meilleurs grimpeurs et les meilleurs rouleurs du monde.
La déferlante SKY est elle encore crédible ? Même si l’on aime bien Froome,
force est de réfléchir à sa «miraculeuse» transformation de coureur très moyen (voire médiocre) en super champion capable de dominer sans souffrir les meilleurs grimpeurs et les meilleurs rouleurs du monde.

SKY / FANCY BEARS :
COOKSON, DÉMISSION !

Vous le savez, on déteste et on adore les Anglais. Mais parfois, un peu comme en France lorsque nous dépassons les bornes avec notre sens inné de l’accueil des touristes ou les actions de nos syndicats capables de bloquer un pays entier, les British sont capables de tout pour gagner… absolument tout.
Alors, commençons par un hommage appuyé aux « pros » qui ne se dopent pas. Est-ce que cela existe ? On n’en sait rien. Mais il y a quatre ans, Christophe Bassons, ex-coéquipier de Virenque et chantre de l’anti-dopage nous avait dit que oui. Il est probablement la source la plus fiable en la matière.
Donc, aux coureurs qui ont le courage, le talent et l’éthique de ne pas se doper, nous adressons aujourd’hui un énorme salut. Chapeau bas. Vous en avez dans le cuissard, messieurs !
Car voilà, des hackers russes, les Fancy Bears, ont appuyé là où ça fait mal : sur les « champions ». Ceux qui gagnent. Ceux qui représentent leurs pays aux Jeux Olympiques, ceux qui sont prêts à tout, et même un peu plus, pour assouvir un orgueil démesuré, une absence totale d’éthique et une irrépressible envie d’amasser les euros. Peut-on gagner autrement aujourd’hui ? Sûrement que non. C’est déjà ce que nous avait confié Riccardo Riccò, il n’y a pas si longtemps. Le discours de Chris Froome, sur les Champs-Elysées, en juillet dernier, avait été accueilli sous les bravos. Nous y étions. Rien à faire, moi, je continue d’y croire. Comme un benêt. A chaque fois. Bah oui : impossible de condamner un « champion » sans preuve. En plus, contrairement au très arrogant British Wiggins, Froome est plutôt sympathique. Mais voilà. Les faits sont là : pour gagner le Tour, il faut être asthmatique, avoir un souffle au cœur ou souffrir d’une dégénérescence quelconque. Ça fait mal aux oreilles, non ? Bizarre. Quand un rugbyman est blessé, il ne joue pas. Quand un coureur est malade, il ne doit pas courir. Ce n’est pas compliqué, non ?
L’histoire se répète donc. TVM, Festina, US Postal, Astana et maintenant Sky. Ca peut continuer longtemps comme ça si l’on ne change rien. Déjà, Cookson doit démissionner. C’est la base. Il est le patron et s’est fait déborder par l’institution qu’il dirige. Il n’est plus crédible. Ensuite, il faut créer un fond, via l’UCI : avec des dollars, des livres, des euros, des dineros ! Et lorsqu’un coureur a envie de parler s’il n’en peut plus, il faut l’aider. Faire en sorte qu’il ne finisse pas abandonné de tous et à la rue. On n’exécute plus celui qui dit la vérité, on le magnifie.
Dopé un jour, dopé toujours ! Tout ceux qui ont un peu pédalé dans leur vie savent que quand tu roules dopé, rouler à l’eau claire par la suite est impossible. Sauf à de très rares exceptions près.
Franchement, Schleck, Gilbert, Rebellin, Millar ou encore Cunego, leurs subites et impressionnantes baisses de niveau sont délirantes ! Riccardo Riccò, encore lui, nous disait que le dopage apporte 20% de force en plus. Mais que si toi, tu ne le fais pas, l’autre le fait… et gagne !
On l’a parfaitement compris chez Sky. Par l’intermédiaire d’AUT (Autorisation d’Usage à des fins Thérapeutiques), on a donc légalisé l’augmentation chimique de la performance. Jusqu’où ira le cyclisme ? Jusqu’où iront-ils ?
Dans cette ambiance délétère, nos coureurs français recommencent à se montrer. Bien. Alors, un conseil, les gars : faites gaffe où vous mettez les pieds. Vous êtes jeunes, beaux, brillants, doués… sur un vélo. Essayez d’être pareils en dehors. Posez-vous les bonnes questions : est-ce que le jeu en vaut la chandelle ?
Au regard des anciennes gloires françaises, la réponse semble imparablement être oui, malheureusement. Mais en face de ces imposteurs, il y a du dégât : Vandenbroucke, Pantani, Gaumont et tant d’autres, moins connus. Ajoutez les « suicidés ». Nous ne ferons pas ici la liste, par respect pour les familles, mais ils sont nombreux. Ça ne rigole pas. Eux ont vécu la descente aux enfers. Et ils y sont restés. Comme des chiens…
Alors, gare. Et si une équipe de premier plan vous propose un superbe contrat, restez lucides. Ça sent décidément le soufre. Même dans le «ciel».

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Richard Jamin est le président-fondateur et le directeur de publication du magazine L’Acheteur Cycliste. C’est lui , il y a 13 ans, qui à eu l’idée et le courage de créer le premier magazine d’achat du vélo de route. C’est un véritable passionné du vélo de course, il possède aussi un sacré caractère.