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Lightweight Urgestalt Richard

Lightweight Urgestalt 2018

PLUS DOUX, MAIS PEUT MIEUX FAIRE !

Nous avions découvert l’Urgestalt, premier du nom, il y a trois ans. Bourré de promesses, léger comme une plume, et évidemment équipé des Lightweight Meilenstein, il nous avait plus impressionnés que véritablement convaincus.
Voici la nouvelle mouture, cette fois-ci en Sram Red eTAP !

Lightweight Urgestalt

L’Urgestalt est donc un cadre full carbon, produit en Asie, avant la version allemande promise pour l’année prochaine. Ultra léger avec ses 870 g de moyenne, le nouvel Urgestalt se distingue par une architecture de fibres orientées dans le sens des forces qui s’exercent sur lui, ce qui est sensé le rendre meilleur. Il est aussi construit différemment en fonction de chaque taille, donc avec un comportement identique, quels que soient la taille et le poids du cycliste, il dispose de bases asymétriques, ce qui, là encore, est sensé équilibrer le vélo, puisque le pédalier est placé d’un côté du vélo. Comme d’habitude, le dire est une chose, le faire et que cela porte ses fruits en est une autre. Mais quand un Allemand annonce et écrit ce genre de choses, c’est souvent – pas toujours non plus – vrai ! Et Lightweight n’a pas la réputation d’être un constructeur qui joue sur les mots et embrouille les prospects au moyen d’une communication un peu trop léchée. Suivez mon regard.

Lightweight Urgestalt Face

Ce cadre est évidemment compatible avec les transmissions mécanique et électronique et arbore, enfin, un nouveau tube de selle, tout rond, qui accueille une tige de 27,2 mm. Dernier point, et non des moindres, la géométrie est plus « confort », moins course. En clair, Lightweight a voulu un cadre plus confortable et un peu plus destiné au cyclosportif que leur premier opus ! N’oubliez pas que l’Allemand est… rigide. Donc, on peut facilement considérer qu’un cadre « plus » confortable pour eux a des chances de demeurer assez « duraille » pour nous !

Lightweight Urgestalt Etrier arriere

Côté géométrie et offre de tailles, ce n’est cependant pas le Pérou : six tailles, c’est le minimum pour une telle machine. Ceci dit, chaque cadre fait 15 mm de long de plus que son prédécesseur. Exactement comme Time, à l’époque. En revanche, les bases sont relativement longues, 410 mm toutes tailles confondues : on vise donc la stabilité. Les angles tournent tous autour des 73°, du classique sportif. Pour finir, notez que les douilles de direction sont quand même assez courtes, sauf pour l’avant-dernière. Donc toujours assez sport côté position, ne vous y trompez pas.

Voilà un nouveau cadre qui a subi pas mal de transformations. Plus polyvalent en termes d’utilisation, il est, en théorie, bien plus doux que le premier. Reste à confirmer sur la route.

Lightweight Urgestalt Boitier

Composants : la foudre est tombée sur l’Urgestalt !

Tout simplement monstrueux. Seule la Sella Italia Carbone SLR n’est pas véritablement exclusive. Tout le reste se situe tout en haut de l’échelle en termes de prédation technique ! Commençons donc, cette fois-ci, par les roues. Pour nous, des Meilenstein à pneus restent et resteront une énigme ! Un peu comme mélanger l’eau et le feu. Une sorte d’absurdité dictée par le marketing et la puissance des Américains qui finissent par emmener tous le monde dans leur sillage. Rappelons donc un fait incontournable : des roues carbone à pneus avancent nettement moins bien que des roues carbone à boyaux. En outre, elles sont plus lourdes et plus fragiles. Elles sont aussi inconfortables, sauf si vous leur collez des pneus de 25 mm. Mais du coup, vous vous faites larguer plus facilement dans les bosses. Et c’est de votre faute ! Vous l’avez bien cherché, mes amis, à force de nous répéter que changer un boyau, c’est trop dur et trop cher. C’est évidemment faux. Il faut juste quelqu’un pour vous montrer, la première fois ! (Et demandez à Ligtweight de ne pas coller vos boyaux. Eux, ils sont fous : leurs « Conti » sont tout simplement indécollables lorsqu’ils sont neufs ! )

Lightweight Urgestalt Transmission

Bref, voilà des roues full carbon, ultra techniques, légères et auréolées d’une réputation extrême. Avec respectivement 545 g (avant) et 660 g (arrière), elles sont capables de supporter des cyclistes de… 120 kg ( !), et sont encore celles qui font le plus rêver. Ca coûte, en version standard, quand même 3900 , ces bêtes là !

Lightweight Urgestalt Boitier2

Ensuite, le groupe : le Sram Red eTAP. Que demande le peuple. Celui-ci, je le pratique depuis un an et pour l’instant, c’est zéro défaut, il ne pèse rien et est fiable. Et si vous voulez monter une cassette de 32 dents, ça passe ! Mais là, ce n’est pas le cas, ils m’ont gentiment collé un 53×39 et une cassette 11×26. Ca va être ma fête…

Quand aux composants de position, ils sont exclusifs, beaux, sobres, sombres et minimalistes, à l’image de cette tige de selle aussi pratique à régler qu’élégante !

Lightweight Urgestalt Poste de pilotage

La selle, donc, nous laisse un peu sur notre faim pour un vélo qui vise le confort, on a vu mieux qu’une SLR Carbon. Mais forcément, pour faire moins de 6.2 kg en taille 58, il faut faire quelques efforts.

Lightweight Urgestalt Tige de selle

A l’avant, si la potence aluminium est jolie mais assez classique, et réversible, le cintre est, lui, excellent : compact, « aéro », léger et confortable. Un produit 100% Lightweight, vendu 290 euros, hop là !

Lightweight Urgestalt Potence

On est donc dans l’extrême à tous les niveaux. Too much ? Peut-être. Mais, si vous nous permettez, tout est un peu trop noir, un peu trop triste. Alors n’oubliez pas que ce cadre existe en trois marquage : le noir, le blanc et en orange !

Lightweight Urgestalt Cassette

Sur la route

En préambule, sachez que ce tour-test s’est effectué à 18h30, donc de nuit. Pour le coup, équipé d’un éclairage exceptionnel (voir Technosport).

Il se trouve que j’aurai eu mal aux cuisses pendant presque tout le circuit ! Et pour la petite histoire, comme je ne voyais pas mon pédalier, j’ai même pensé un instant que j’avais effectué le départ de la côte de la Roque-sur-Pernes sur le grand plateau, n’ayant pas vérifié en partant ! J’ai dû changer pour en être sûr, mais j’étais bien sur le petit. Damned !

Lightweight Urgestalt Fourche

La réponse, heureusement, était bien liée au braquet : l’Urgestalt nous a été livré en 53×39 et 11×26, donc. Un braquet de compétiteur que je n’utilise quasiment jamais.

J’ai de fait été à l’ouvrage tout le temps. Bien. Et le résultat ? Le résultat n’est pas excellent car, indéniablement, 39×26 est un braquet trop important pour moi dans la difficile côte de la Roque. Mais là n’est pas la raison principale. J’adore les roues Lightweight Meilenstein. Depuis toujours. Mais elles m’ont souvent joué des tours, car je suis trop lourd. Si elles sont désormais parfaitement capables de supporter 90 et même 100 kg, leur comportement s’en trouve alors fondamentalement changé. Et pas en bien. Je continue donc à écraser ces sublimes roues. C’est ma croix… et c’est ce qui ne colle pas avec la rigidité évidente du cadre.

Sur la route, dès qu’elle s’élève ou dès qu’il faut forcer, cette superbe machine devient anormalement exigeante. Les 33 minutes et 12 secondes du tour-test le confirment : je suis allé moins vite qu’avec un (extraordinaire, il est vrai) vélo à moins de 1800 euros, le Cube Attain !

Lightweight Urgestalt Moyeux avant

Mais, au lieu d’accuser brutalement l’Urgestalt et de tirer des conclusions trop hâtives, force est de constater qu’un couple cadre/roues de grande rigidité est aussi un handicap important. Je dirais cependant que si le temps réalisé est encore correct, il le doit aux qualités intrinsèques de ce vélo et à son montage. Même avec un « gros » dessus ! Ultra léger, bien construit (Asie, car ce sera seulement le prochain modèle qui sortira des ateliers de Friedrichshafen) et tout de même, intrinsèquement très rigide !

Notez aussi un super freinage, ce qui n’est pas toujours le cas avec les Sram Red. Ici, j’ai découvert une efficacité de haute facture. Et tant mieux car le Lightweight, en descente, est une lame. Un confort limité, malgré ses roues, des pneus de 23 et ses tout petits 6,19 kg, il n’en faut pas plus pour nécessiter le pilotage d’un cycliste qui sait maîtriser un vélo de course. Avec l’avènement des grosses roues et des pneus de 25, dont le comportement en descente est ultra sécurisant (véritable et seul avantage, d’après nous), on l’avait un peu oublié !

Lightweight Urgestalt Moyeux arriere

Sur le chemin du retour, dans le faux-plat, j’ai de nouveaux les cuisses qui « chantent » ! Je finirai sur le 39 par obligation. Rien de grave en soi car, justement, c’est un 39 dents, mais clairement, je ne pouvais pas garder une allure de bon aloi sur « la grosse ». De nouveau, la question se pose pour identifier qui du braquet ou des roues pose problème. Mais dans ces cas-là, on ne prend pas beaucoup de risques à dire que les deux sont dans le coup ! Et on n’oubliera pas que la difficulté ressentie ici aurait été bien plus élevée qu’avec le Cube ; et moi, je ne suis pas devenu moins bon en deux jours. Au contraire. La multiplication des tours-tests, plus un peu de roulage m’ont certainement plutôt fait du bien…

Alors, on achète ou pas ?

Voilà typiquement ce qui peut se passer quand on se « trompe » de vélo. Moi, je n’achète pas… car une bête de course peut parfois devenir un
handicap !

Ce vélo est pourtant, sur le papier, une bombe. Ultra light, des roues à la réputation mondiale, un groupe génial, mais un cadre un peu opaque, un peu comme lorsque Mont blanc fait des mallettes en cuir ou Chanel des montres, vous voyez ?

Alors quoi ?
Eh bien, compte tenu de mon poids, les Meilenstein, malgré toute leur technologie embarquée, ne collent pas à ma pratique et, toujours dans mon cas, à ce cadre non plus. Donc, si vous envisagez de casser votre tirelire pour ce vélo, de deux choses l’une : soit vous faites moins de 75 kg, et les choses rentreront parfaitement dans l’ordre ; soit vous faites, disons, plus de 85 kg et il faut sacrifier le cadre ou les roues !

A notre avis, les roues ! Un crève-cœur, mais c’est ainsi.

Lightweight Urgestalt Tableau

Renseignements : www.lightweight.info/en/en/

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Richard Jamin est le président-fondateur et le directeur de publication du magazine L'Acheteur Cycliste. C'est lui , il y a 13 ans, qui à eu l'idée et le courage de créer le premier magazine d'achat du vélo de route. C'est un véritable passionné du vélo de course, il possède aussi un sacré caractère.