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Grade 9

GRADE9 : AMBIANCE TITANE

Bjorn Teani, comme ne l’indique pas son nom, est un ingénieur français. Avec un penchant du côté allemand pour l’organisation, et du côté américain pour le matériau…

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C’est du côté de la Motte-Servolex, en Savoie, qu’officie Bjorn Teani. Ancien codirigeant et bras armé de CMT, c’est en 2016 qu’il s’installe à son compte et décide de passer à la vitesse supérieure en créant sa propre marque, Grade 9. Aussi expert torche en main qu’au tableau noir, Bjorn soude ses cadres avec exigence et n’hésite pas à remettre en question les techniques de soudures ancestrales afin de faire avancer les choses…

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Pour rappel, le titane se soude « sous » argon. C’est-à-dire qu’il faut que le matériau soit « baigné » de ce gaz afin que les soudures soient réussies, donc non-oxydées. Voilà pourquoi, pendant longtemps, on a soudé ce matériau dans des « cloches » à doubles ouvertures gantées et étanches. Un peu plus tard, nous avions découvert, en 2006 chez Litespeed que les cadres, après avoir été « pointés », c’est-à-dire solidarisés entre eux par de mini soudures, étaient placés dans un « carré » à armatures creuses, par lequel transitait l’argon. Le cadre étant, en parallèle, rendu lui aussi étanche en bouchant les tubes.

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Aujourd’hui, Bjorn parvient à annihiler l’oxydation en utilisant une torche à diffuseur inversé : résultat, plus d’argon entoure la soudure et, en restant suffisamment longtemps sur la soudure, il n’y a plus d’oxydation. C’est nettement plus pratique et surtout, le soudeur est à 30 cm de la soudure au lieu des 60 ou 70 cm habituels. Ce qui change beaucoup de choses…

UN MATÉRIAU AUX QUALITÉS MÉCANIQUES EXCEPTIONNELLES
Le titane est un alliage qui a avant tout l’avantage de mêler légèreté et solidité. Durabilité, aussi. En cela, il est unique : solide, quasi insensible aux coups et « confortable ». Un mot que n’aime pas Bjorn. Pour lui, le confort vient d’autre part : « Quand vous, les journalistes, parlez de confort pour le titane ou le carbone, ça m’énerve toujours un peu. Le confort, c’est avant tout une histoire de position. Le titane, en lui-même, est surtout un matériau aux supers qualités mécaniques. C’est ça que j’aime. Pour ce qui est du confort, il suffit d’augmenter le diamètre ou, encore mieux, de faire des tubes à angles ; et un cadre titane devient d’un seul coup raide… »

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Le garçon sait de quoi il parle : par exemple, à force de vouloir vraiment faire la différence entre les deux grands titanes utilisés dans le vélo, les fameux alliages 3Al/2,5V (comprenez 3% aluminium, 2,5% de vanadium) et 6Al/4V (6% d’aluminium, 4% de vanadium, le reste en titane pur, bien sûr), ils ont fini par jouer sur les diamètres et constater qu’en changeant le diamètre du plus « souple » des deux, le 3Al/2,5V, on arrivait aux mêmes chiffres de rigidité qu’avec le 6Al/4V, pourtant bien plus cher. Comme quoi, rien n’est jamais vraiment définitif dans le comportement des matériaux. Au final, voilà qui permet de proposer des cadres à des prix corrects, tout en maintenant les rigidités demandées ou nécessaires…

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Mais un cadre titane, c’est avant tout la noblesse d’un matériau, la genèse de son propre vélo et, bien sûr, l’étude posturale qui va avec.

Pour Bjorn, un cadre sur-mesure est d’abord le fruit d’un dialogue et d’un gros suivi client. Idéalement, venir avec son vélo habituel est un gros plus. C’est une base de départ, évidemment. Mais pas obligatoire. Reste qu’à ce stade, après une discussion à bâtons rompus, Bjorn vous proposera sa vision de votre cadre. S’il n’est pas dogmatique dans son approche, il faudra tout de même éviter de venir avec votre propre « plan » et des cotes parfois surréalistes ! Même sur-mesure, un cadre de vélo intègre quelques passages obligés ! Chez Atelier Titane, on travaille aussi en partenariat avec Mecacote et son patron historique, Vincent Blondeau.

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L’approche du titane a aussi beaucoup évolué, du côté des constructeurs s’entend. Les soudures ne sont plus seulement apparentes et brutes. On en trouve des lissées, des légèrement limées et/ou polies. Mais n’oublions
pas que des soudures brutes ne mentent jamais. Le travail du soudeur, en
une passe, est sous vos yeux. Cela demande une dextérité de haut niveau
et beaucoup de confiance. Seuls les grands y parviennent. Bjorn en fait désormais partie.

A CHAQUE FOIS, UN OBJET DE COLLECTION…
Avec ses 7 kg, pédales comprises, l’exemplaire que nous avions sous les yeux, sur-mesure bien sûr, allait être livré à son heureux propriétaire dans les jours à venir. Une petite merveille montée en Campagnolo Super Record. Une histoire de puriste !

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Pêle-mêle, on note une douille en 1’1/8 en haut et en bas, des haubans incurvés, un tube de selle pour une tige de 27,2 mm, ou encore une boîte de pédalier de 68 mm à pas de vis, donc du BSC traditionnel.

Le titane que vous avez pu souvent voir sous mes fesses ces trois dernières années était un semi sur-mesure. Un 55/185, comme l’appelle Bjorn (longueur tube supérieur et douille de direction). C’est lui qui me l’avait fait en m’indiquant, à l’époque, que ce n’était donc pas un 100% sur-mesure. Aujourd’hui, trois ans après et quelques milliers de kilomètres, le verdict est assez clair : tout s’est toujours bien passé sur ce vélo. J’étais comme chez moi avec lui. Mal nulle part, une rigidité parfaitement adaptée à mes besoins, et un rendement qui m’a toujours surpris. J’ai juste fini par le garder à la campagne… par confiance ! C’est le vélo à qui il ne peut rien arriver, qui saura m’emmener partout, quelle que soit ma condition. Le frère d’armes, en quelque sorte…

Au final, il a juste fini par subir les assauts des vélos carbone de haut de gamme (réussis !) qui l’ont détrôné grâce à leur rendement intrinsèquement supérieur. Mais le vrai sujet n’est pas là. Je pense que le choix d’un titane est une réflexion globale. Et si l’on prend tout en compte, alors il est difficile, à mon avis, de ne pas se tourner vers ce matériau…

L’AMOUR DU VÉLO. ET SANS CONCESSION
Se faire faire un Grade 9, c’est vouloir un vélo fabriqué en France (même si les tubes sont chinois et transitent par l’Italie), en titane, et sur-mesure. Mais au-delà de ces caractéristiques déjà particulières, c’est aussi commander sa machine à quelqu’un de fiable, d’appliqué et de passionné. C’est aussi, en tant que client, se sentir important, exister, être reconnu et servi. C’est à se demander si ce n’est pas le plus important de tout, d’ailleurs.

Renseignements :www.grade9.fr

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Richard Jamin est le président-fondateur et le directeur de publication du magazine L'Acheteur Cycliste. C'est lui , il y a 13 ans, qui à eu l'idée et le courage de créer le premier magazine d'achat du vélo de route. C'est un véritable passionné du vélo de course, il possède aussi un sacré caractère.