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Colnago Chrome a disques

Freins à disques

La bagarre peut commencer…

Shimano, Sram, Magura et Campagnolo, voilà, dans l’ordre, les prétendants au titre de meilleur constructeur de freins à disques pour nos vélos de route en 2017. Mais au fait, quelles différences y a-t-il ? Sont-ils tous égaux face à un freinage brutal ou sous la pluie ? Nous avons tenté de comprendre leurs spécificités…

Ouverture freins a diques

Magura, le moins connu des quatre, serait pourtant le plus légitime !
Il s’agit d’une société allemande, fondée en 1893, spécialisée dans l’hydraulique depuis toujours. Son siège social est à Bad Urach. La fabrication est allemande et taiwanaise. Magura travaille pour la moto depuis quatre-vingt-dix ans et dispose d’une réputation intacte. Ce sont eux qui ont équipé en premier les Cervélo de leurs étriers « caliper » mais hydrauliques.

Les trois autres, inutile de vous les présenter. Retenez juste que Shimano développe et utilise les freins à disques depuis l’avènement du VTT, il y a donc environ trente ans. Que Sram a suivi une petite dizaine d’années plus tard, et que Campagnolo, pur spécialiste de la route, s’est donc mis aux disques un peu contraint et forcé. Notez que c’est Magura qui semble avoir fabriqué pour eux les prototypes en cours de développement.

LE FREIN À DISQUE, POUR QUOI FAIRE ?

Commençons par le début : les freins à disques sont apparus sur les VTT pour des raisons d’efficacité du freinage dans la boue et sur le mouillé : à l’époque, les freins sont de type à tasseau (comme en cyclo-cross) puis V-brake. Mais la boue bloque encore les roues : les flaques d’eau ou la pluie rendent les vélos toujours « inarrêtables » en bas des descentes ou demeurent trop lents à réagir pour éviter les obstacles. Et puis, un jour de 1998, les freins à disques déboulent sur les VTT : là, c’est la révolution !

Et nous voilà d’un coup en 2016 avec des freins à disques partout, et donc aussi pour (certaines) compétitions World Tour dans 2 mois. Pourquoi ?

Le problème numéro un, c’est la pluie. Le problème numéro deux est l’avènement des roues carbone qui, naturellement, freinent moins bien que les jantes aluminium. Le problème numéro trois est qu’une jante doit à la fois diriger, lier le vélo à la route et freiner. Mécaniquement, c’est une aberration car chacune de ces actions demande des matériaux aux caractéristiques bien particulières : on a donc réalisé un compromis. Et au final, on a obtenu des roues fragiles, souvent dures, et qui freinent mal !
Tout ça à cause de nos étriers de freins, magnifiques, ultra light, mais à la
technologie d’homo sapiens ! Un câble, une vis et une double « pince » en
aluminium ! Franchement, il fallait faire quelque chose…

Mais voilà, sur la route, encore plus qu’en VTT, il y a des obstacles. Notamment dans les têtes des cyclistes !!! Mais pas seulement. Il y en avait aussi dans les poches des constructeurs « Quoi ? Des freins à disques sur nos vélos ? Mais vous êtes fous ! Ça marche très bien comme ça » ! Bah non…

Le disque, cela permet de ne plus « usiner » les flancs des jantes carbone, de freiner sous l’eau et de freiner fort sur des kilomètres, sans forcer, en plus. Même avec des petites mains. Et puis les jantes durent plus longtemps et on ne déjante plus non plus. Enfin, dernier « détail », en descente, la roue avant n’a plus à gérer deux actions en même temps, à savoir freiner et tourner !

Les défauts ? Il en reste, bien sûr, il en apparaît, même. Nous y reviendrons, mais le bilan reste hyper positif…

UNE TECHNOLOGIE PLUS COMPLEXE

Une fois ce constat effectué, c’est la technologie qui prend le relais : on passe sur le fait qu’il a fallu que les constructeurs de cadres et de fourches se mettent au diapason et cela n’a pas été sans complications. Mais a priori, les constructeurs s’y sont mis. Fourches renforcées, moyeux de roue à flasques surdimensionnés afin de résister à la tension générée par le freinage désormais « asymétrique », contrairement aux anciens étriers traditionnels.

Et là, c’est la plongée en eaux troubles. Sur la route, on va plus vite qu’en
VTT, on peut faire plus de kilomètres en descente, et c’est plus long. Résultat, ça chauffe plus. Autre problème, nous venons de l’évoquer, la force exercée sur la fourche : avec nos fourches de 300 g, comparées à celles des VTT, on risque de freiner en crabe.

Les ingénieurs ont donc rencontré de nouveaux problèmes. Les résoudre a demandé du temps. Et il a fallu discuter de très près avec les constructeurs de cadres afin d’adapter leur fabrication. Mais nous y sommes. Ou à peu près, dirons les puristes. Mais qui fait quoi, comment, et pourquoi ? Nous avons soumis un questionnaire aux principales marques qui produisent ou vont produire ce type d’étriers.

Voilà un point sur les forces en présence et leurs approches.

Pinarello Dogma Disc
Surpris l’année dernière sur le Dauphiné, ce Dogma « disques » de la Sky. Les roues n’étaient visiblement pas des Shimano et les disques avant et arrière différents…

CAMPAGNOLO/MAGURA : DES PROTOTYPES…
POUR COMBIEN DE TEMPS ?

Chez Campagnolo, force est de constater que l’on est encore en stand by, commercialement parlant. Apparemment, le prototype présenté durant l’Eurobike, observé par Alex le mois dernier en Italie, et issu d’une collaboration avec l’Allemand Magura reste le seul exemplaire présenté. Ce que l’on sait, c’est que les équipes World Tour qui utilisent Campagnolo ont en revanche été livrées par Campagnolo. La fabrication a donc bien commencé et on ne doit pas être loin de la version commerciale. Reste qu’il paraît peu probable que l’on voit des freins Campagnolo hydrauliques
à disques sur un vélo public d’ici à l’Eurobike 2017.

C’est tout ce que l’on peut vous dire pour l’instant, en attendant de plus amples informations de Campagnolo. Mais l’autorisation, de nouveau, par l’UCI de l’utilisation en World Tour de la saison 2017 devrait voir la marque italienne au rendez-vous très prochainement…

INÉVITABLE… ET LOGIQUE

Le constat est simple, tous les constructeurs de composants, en attendant la confirmation de Campagnolo, considèrent que le freinage à disques est l’avenir. Y compris sur la route et dans les pelotons. Or, ils n’ont guère de raison de mentir, puisque dans tous les cas, ce sont eux qui encaissent au bout du compte ! On pourrait arguer que cela ouvre une période de changement de vélos pour beaucoup. Ce n’est pas faux non plus. Reste que lors de notre récent séjour avec Cervélo, ils se sont appliqués, de façon méthodique et professionnelle à prouver, eux aussi, que le disque est supérieur aux étriers classiques. Sur le sec. On ne parle même pas sous la pluie où seuls les ignorants peuvent encore véhiculer une idée contraire.

Quant à la soi-disant blessure de Fran Ventoso, montrée comme LA preuve que les disques étaient des engins de mort aptes à trancher les plus belles « cannes » du circuit World Tour, cela ressemble de plus en plus à un « fake », une imposture via Internet. Chez Cervélo, encore eux, on a même demandé à des chirurgiens ce qu’ils en pensaient. Apparemment, ces derniers seraient très sceptiques quant à la blessure de l’Espagnol.
Dans tous les cas, les disques ont, de surcroit, évolué et nous avons nous mêmes arrêté des disques à la main, sur des roues lancées à plus de 30 km/h. Et j’ai pourtant tapé cet article avec mes deux mains !

Alors, vive les freins à disques…

Campagnolo Disque
Chez Campagnolo, on bosse encore le développement.
C’est Magura qui semble être le partenaire de la marque.

 

5 QUESTIONS À SHIMANO ET SRAM
(en attendant Campagnolo…)

 

Graphique SRAM Red
Chez Sram, on a constaté en interne que la puissance de freinage (en watts) et la puissance nécessaire sur les leviers (en Newtons) donnaient l’avantage du freinage disques…

COMBIEN DE MODÈLES AVEZ-VOUS DANS VOTRE GAMME ?

Shimano
3 niveaux de gamme :
Freins à disques Dura-Ace R9100, compter 1300 € la paire en version Di2 (levier, étrier et durite montée purgée), également disponible avant/ arrière séparément (650 € le frein). Et 1150 € en version transmission mécanique (580 € le frein séparément). Poids : 440 g pour l’ensemble levier et étrier.

Freins à disques hors groupe R685 (pour transmissions mécaniques) / R785 (transmissions Di2) de niveau Ultegra, avec option d’étrier « Flat Mount » RS805. Compter 800 € la paire. Poids : 530 g pour l’ensemble
levier et étrier.

Freins à disques hors groupe RS405 de niveau 105. Compter 460 € la paire. Poids : 590 g l’ensemble levier et étrier.

Plus quelques autres modèles d’étriers mécaniques (fonctionnement par
câble, pas de durite hydraulique) hors groupe, en entrée de gamme. Poids
non-communiqué.

Sram
4 niveaux de gamme :
Sram eTap HRD, Sram Force, Sram Rival et Sram Apex, et 7 groupes équipés en disques : Red eTap et Red mécanique, Force 11 vitesses mécanique et le « 1 x » (mono plateau), Rival 11 vitesses mécanique et « 1x ». Et enfin l’entrée de gamme, l’Apex .

QUELLES DIFFÉRENCES MAJEURES (PRIX, POIDS, MATÉRIAUX, EFFICACITÉ, DISTANCE DE FREINAGE, ETC…) ?

Shimano
Sur tous les modèles – R9100, R785, RS405 – on retrouve ces technologies « one way bleeding » : purge unidirectionnelle (le liquide de frein chemine à travers l’étrier via un circuit simple, pour éviter la formation de bulles d’air. Cela permet aussi une purge facile, fiable et rapide).
Option de fixation d’étrier Flat Mount : design épuré pour une meilleure
intégration sur les cadres et fourches.
Fixation de disque Centerlock (moyeu équipé de micro-cannelures avec
écrou de disque à visser) : plus fiable et plus facile à manipuler que des
disques trous. Le système Centerlock et son étoile alu participent aussi
à la dissipation de la chaleur, à la différence d’une structure simple avec
étoile acier qui propage la chaleur jusqu’au moyeu.
Spécifiquement sur les nouveaux freins Dura-Ace R9100 : disque Ice
Tech Freeza, une structure de disque à 3 couches acier-alu-acier, l’âme
en alu étant plus légère et ayant la propriété de dissiper plus rapidement
la chaleur. Ailettes de refroidissement intégrées à l’étoile du disque, elle même également en alu. Les ailettes permettent de réduire jusqu’à 100°C
la chaleur générée par le freinage. L’Ice Tech Freeza limite l’effet de « fading » (sensation de frein spongieux due à l’échauffement du système
de frein).

Sram
Le groupe Red eTap HRD est basé sur la plateforme Hydro HC. Ici, on intègre le « contact point adjustement » ce qui permet de personnaliser le
point de contact entre l’appui sur le levier et l’attaque des plaquettes sur
le disque. Petites mains, grandes mains, attaque directe ou longue, tout
est possible…
Les autres sont basés sur la plateforme Hydro R, le système interne est
le même sur tous. Seuls les matériaux diffèrent, donc le poids : leviers
carbone pour le Red et le Force, aluminium pour le Rival et l’Apex. C’est
tout.

AVEZ-VOUS MESURÉ L’EFFICACITÉ DE CES DISQUES PAR RAPPORT À DES ÉTRIERS CLASSIQUES ?

Shimano
Sur le sec : les deux systèmes offrent un maximum de puissance, mais
le frein à disque offre davantage de modularité et un dosage plus fin de
la force à appliquer sur le levier, donc plus sécurisant et plus performant.
Notamment en courbes, là où le freinage sur jante reste difficile à gérer selon le bagage technique du cycliste qui aura tendance à freiner brutalement en entrée de virage, puis à relâcher la force sur le levier, sans
maîtriser le dosage. Sur de longues descentes, le frein à disque limite
donc la fatigue du cycliste (pas de mains crispées voire tétanisées) sans
effet de fading.
Sous la pluie : le freinage à disques est sensiblement plus efficace que le
frein sur jante, il garde de la constance et de la puissance, même sur les
freinages appuyés, donc est plus sécurisant et permet un pilotage plus sûr.

Sram
Les freins à disques freinent mieux. Notamment sur le mouillé. Sans donner de chiffres, chacun peut s’en apercevoir facilement en essayant les produits. Nous avons fait beaucoup de tests, y compris ceux indiquant qu‘il faut moins de force pour freiner aussi bien, voire mieux avec des étriers à disques que des étriers traditionnels, à patins.

EN MOYENNE, COMBIEN DE TEMPS DURE UNE PAIRE DE PLAQUETTES PAR RAPPORT À DES PATINS, POUR UN CYCLISTE DE MÊME POIDS ET SUR LE MÊME NOMBRE DE KILOMÈTRES ?

Shimano
Difficile de juger qui des patins ou des plaquettes s’usent plus vite, cela dépend en grande partie du pilotage du cycliste. Vu le gain de mordant et de contrôle du freinage avec des disques, la question de l’usure est secondaire. Dans tous les cas, il est tout aussi facile (voire plus facile, car moins de réglages à faire) et pas plus cher de remplacer des plaquettes par rapport à des patins : compter 8,95 € pour une paire de plaquettes K02S résine d’origine sur les freins montés cités ci-dessus vs 12,95 € pour une paire de patins Dura-Ace R55C4.

Sram
Cela se tient. Ils s’usent évidemment tous deux plus vite dans des conditions plus dures, mais le disque a l’avantage de rattraper l’usure des plaquettes, automatiquement : résultat, le feeling et l’effi cacité au freinage sont toujours les mêmes. Ce n’est pas le cas pour les patins.

LA DURÉE DE GARANTIE EST-ELLE LA MÊME QUE SUR LES ÉTRIERS CLASSIQUES, SOIT DEUX ANS ?

Shimano
Oui

Sram
2 ans. Identique.

QUELLE EST LA FRÉQUENCE D’ENTRETIEN ET PEUT-ON LA FAIRE SOI-MÊME ?

Shimano
Il n’y a pas d’entretien particulier recommandé, tout comme sur un frein sur jante, il faut veiller à ce que la garniture des plaquettes soit toujours
en bon état (cf témoin d’usure) et que la durite ne soit pas endommagée.
L’huile utilisée est minérale, donc a la propriété d’être non-corrosive, ainsi
elle n’altère pas le revêtement interne de la durite et garde toujours la même viscosité. L’intérêt de la durite est aussi qu’étant un circuit fermé,
le système ne se dérègle pas comme un système câble/gaine qui va s’oxyder, se desserrer, etc…
Un particulier équipé de l’outillage nécessaire (bocal de purge) peut purger
lui-même ses freins, mais il est évidemment recommandé de le faire faire
par un détaillant type Shimano Service Center pour un entretien optimal.

Sram
Il faut changer le liquide de freins tous les ans. Il est préférable de le faire faire par votre vélociste si vous n’êtes pas sûr de vous. Ceci dit, les kits d’entretiens, les outils spécifi ques et les instructions sont à la disposition de qui veut s’en occuper soi-même.  Notre site Internet est là pour ça aussi !

VOS REMARQUES…

Shimano
Il y a beaucoup de désinformation et de craintes non-fondées quant à l’utilisation du freinage à disques pour la route et le cyclosport. Alors que dans d’autres disciplines l’usage du disque s’est massivement répandu (VTT) ou est en passe de l’être (cyclo-cross). Même si certains se refusent à faire des passerelles entre les pratiques, le disque offre en route et en VTT davantage de contrôle, de performance et de fi abilité pour une pratique de masse (cyclosport/cyclotourisme/randonnée). Shimano développe de nouveaux produits dès lors que ceux-ci apportent un bénéfi ce au pratiquant, c’est donc le cas des freins à disques, que Shimano propose déjà depuis près de quinze ans pour le VTT, et en est devenu la marque leader (les freins à disques Shimano sont massivement représentés en premier monte).

Sram
Rien en particulier !

Shimano Dura-Ace etrier freins SRAM Force etrier freins SRAM Force

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Richard Jamin est le président-fondateur et le directeur de publication du magazine L’Acheteur Cycliste. C’est lui , il y a 13 ans, qui à eu l’idée et le courage de créer le premier magazine d’achat du vélo de route. C’est un véritable passionné du vélo de course, il possède aussi un sacré caractère.