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Dedacciai Atleta

Dedacciai Atleta :
RARE, EFFILÉ, SPECTACULAIRE…

Chez Dedacciai, on ne propose pas de vélo monté en série. Ce qui explique leur rareté chez nous. En revanche, la marque jouit d’une très belle réputation. Grace à l’importateur parisien (Triangle), nous avons pu nous procurer l’Atleta, le très aérodynamique modèle de la gamme.
Et nous vous l’avons préparé à la sauce AC !

Dedacciai Atleta Douille Potence

Une poutre au profil démesuré, un tube de selle extrêmement profilé, une tige de selle en goutte d’eau, l’Atleta annonce la couleur au premier coup d’œil : c’est un vélo aérodynamique, excepté l’intégration des freins, il est vrai de moins en moins en vogue. Tout va dans le sens… du vent !

Ce cadre, c’est d’abord une poutre ! Aussi fine que haute côté douille de direction (où elle se noie, d’ailleurs), cette poutre soulève quelques questions : jamais nous n’avons croisé de telles proportions et, visiblement, si Deda a travaillé l’aérodynamisme, c’est une évidence, la marque l’a aussi fait avec… style. Le résultat est spectaculaire, très moderne.

Dedacciai Atleta Haubans

Devant la finesse de cette poutre, il a donc sûrement fallu remettre de la matière quelque part. Et cette matière se retrouve dans la hauteur des tubes. Autre question, plus théorique que pratique : nous avons pesé le cadre avant de le monter. Il pèse tout de même 1,190 kg en taille 58. C’est bien mieux qu’un Ridley « aéro », qui flirtait allégrement avec les 1,450 kg, mais aussi bien plus lourd qu’un Cervélo S5, par exemple. Mais
cela ne coûte pas le même prix non plus. Et c’est là qu’il faut chercher l’autre intérêt de ce cadre : techniquement, un cadre « aéro » est difficile à créer et à fabriquer. Deda a donc choisi de serrer (un peu) les coûts et de proposer un cadre qui va s’avérer – dans le tour-test – particulièrement facile à utiliser ! Nous, on aime l’idée…

De son côté, la boîte de pédalier est une PF30, comprenez Press Fit (les roulements, logés dans les adaptateurs, « s’enfoncent » directement dans la boîte). 73 mm de longueur et 46 mm de diamètre. On peut donc aussi y monter des pédaliers à axe oversize de 30 mm de diamètre (Rotor, Campagnolo Overtorque, etc..). Notez au passage qu’avec la forme des tubes qui s’y arriment, on évolue plus dans la hauteur que dans la largeur : nous verrons que cela influera directement sur le comportement de ce cadre.

Dedacciai Atleta Face

Le triangle arrière est lui aussi très typé « aéro » : tubes plats, haubans courts et géométrie ramassée sont de la partie. Sans compter le tube de selle concave qui « intègre » le boyau arrière. Mais ce cadre n’est pas plus court que cela avec ses 405 mm de longueur de base. C’est donc bien « l’aéro » qui est recherché, plus que la rigidité et l’idée d’une transmission « directe ».

Les câbles sont bien entendu intégrés, et tout passe par les mêmes orifices : transmission mécanique ou Di2. A cet effet, les passants de câble et butées de gaines aluminium sont fournis avec le cadre. Parfait.

Pour finir, mention spéciale à la très spectaculaire tige de selle en forme de goutte d’eau. Si son volume peut choquer, son réglage est très pratique et efficace, que ce soit au chariot ou au cadre.

Dedacciai Atleta Selle

Restent la géométrie et les tailles disponibles : rien de particulier à signaler, si ce n’est que les douilles sont courtes et, surtout, qu’il n’y a que cinq tailles ! Ce qui ne fait pas lourd, mais Deda l’a joué assez fine : les trois tailles les plus courantes se tiennent de 15 en 15 mm, et les deux extrêmes s’éloignent de 20 mm. C’est un moindre mal.

Précisons enfin que nous pensons vraiment que ce cadre sera nettement plus rigide en petite taille qu’en grande. Un feeling…

Un équipement cohérent et haut de gamme

Vous le savez, à L’Acheteur, nous préférons, sur le fond, la transmission Shimano Ultegra mécanique à l’électrique. Mais il faut bien avouer que non seulement le concept Di2 fonctionne à merveille, mais qu’en plus c’est désormais pour beaucoup une signature difficilement évitable sur un vélo haut de gamme ! Alors nous avons plongé. En plus, il se monte très facilement… si vous vérifiez bien que la connectique, aux poignées, est bien « pluggée » ! En effet, à la fin du montage, nous avons cherché pendant une heure pourquoi le groupe ne fonctionnait pas ! C’était juste la connectique du fil de commande des vitesses arrière qui n’était pas bien enfoncée dans la poignée. Qu’on se le dise.

Dedacciai Atleta Douille Cadre Dedacciai Atleta Derailleur avant

Côté composants de position, nous avons opté pour du PRO Vibe (aluminium) : un choix impeccable, joli, discret et fonctionnel. Chez PRO, on progresse et dans un style différent de Ritchey, le roi du rapport qualité/prix/poids, on commence vraiment à se positionner comme une véritable alternative au constructeur américain. Le cintre, notamment, est admirable d’ergonomie. Quant à la potence, avec ses vis inversées obliques, mieux vaut une longue clef BTR pour serrer, mais c’est beau !

A l’arrière, nous avons déjà parlé de cette tige, imposante mais efficace et plutôt réussie. Elle se coiffe d’une superbe et nouvelles elle Prologo Dimension large de 143 mm. J’avoue l’avoir choisie personnellement ! Mais force est de constater que si elle reprend beaucoup l’allure d’une Specialized « Power », en plus belle, elle n’en a pas le confort ! L’armature, trop rigide, semble en être la cause.

Dedacciai Atleta Cadre Dedacciai Atleta Douille

Enfin les roues : là, Dedacciai a « mis le paquet ». Présentées le mois dernier, les nouvelles Shimano Dura-Ace C40-TU (TU pour tubular = boyaux) ont encore prouvé leur aisance. Malgré un poids pas franchement léger, ces roues font preuve d’une grosse rigidité et font oublier qu’elles accusent, par exemple, 300 g de plus que des Corima MCC 47MM « S+ ». D’ailleurs, elles sont sûrement un peu trop rigides pour ce cadre. En tout
cas, elles nous ont démontré enore une fois la justesse de leur mise au point et l’excellence de leurs moyeux. Nous leur attribuons cependant un léger défaut : il semble qu’elles « tapent » un peu etq ue nos boyaux de 23 ne soient pas ici forcément le meilleur choix. En effet, elles sont conçues pour recevoir du 25 de section et non du 23.

Voilà donc un équipement étudié, qui pousse le Deda vers les sommets.
Bien sûr, c’est cher, mais sur la base de ce cadre, avec un groupe mécanique et des roues Asterion ou Corima « S1 », que l’on trouve à moitié prix des Dura-Ace, vous ferez baisser la note globale de cette machine de 2000 euros… à méditer.

Dedacciai Atleta Tube Cadre

Sur la route : j’ai dû me freiner !

Dès le départ, le Dedacciai m’a rappelé mon fidèle Scuro RS, disparu dans notre cambriolage, il y a deux ans. Rigide mais pas trop dur, efficace mais pas exigeant. En revanche, j’ai eu vite fait de me rendre compte que l’Atleta n’est pas un modèle de confort ! A titre personnel, cela ne m’a pas trop gêné, notamment avec les Dura-Ace à boyaux, même en 23 pour le
coup. Ceci dit, à notre avis, en 25, tout pourrait bien rentrer dans l’ordre.

Le rendement m’est immédiatement apparu. Pour être plus précis, maintenant que j’ai effectué le tour-test, je dirais plutôt le plaisir que le rendement. Car voilà : j’ai fait le test à la tombée de la nuit. Il faisait assez froid, aux alentours de zéro. Et j’aime bien. On respire, le « moteur » tourne bien… une fois chaud ! J’ai donc particulièrement apprécié ce tour. Et j’ai eu l’impression que l’Atleta était d’une grande facilité. Alors, avec des roues telles que les nouvelles Dura-Ace, qui plus est à boyaux,
ce n’est pas non plus une révélation. Mais il faut tout demême le dire : l’Italien m’est apparu vraiment très, très facile… et la première raison, c’est évidemment la forme des tubes qui donne à la boîte de pédalier beaucoup de « vie » !

Dedacciai Atleta Boitier

J’arrive donc en bas de la Roque-sur-Pernes en roue libre et, tout en faisant attention à ne pas me griser et en mettre un peu trop, j’attaque le bas sur le petit plateau, bien sûr, en 36×21 ; comme d’habitude, je monte les vitesses assez vite en passant le cimetière : l’objectif étant, je vous le rappelle, de laisser faire le vélo ! C’est lui qui, en laissant mes cuisses et mon souffle tranquilles, m’indique si je peux ou non augmenter la cadence. Pour le coup, je m’arrête sur le 25. Ca passe très bien, mais je
sens que moins frais, je pourrais être moins à l’aise. Je passe le 28 et grimpe « tout à gauche » : c’est assez simple, je monte vraiment « les doigts dans le nez » ! Pourtant, on est dans du 11 puis du 8%, ce qui est tout à fait correct. Mais le Dedacciai est d’une facilité assez stupéfiante. Je sens déjà que le temps va être bon. Très bon même. Dès que la route se calme un peu, c’est carrément la fête et je descends une ou deux dent(s), sans même y penser. La cadence est bonne, je n’ai pas mal aux cuisses. Vraiment, c’est la fête !

Mais voilà. J’ai couru trois fois cette semaine. Pas beaucoup, mais j’ai fait 20/25 km. Et je me dis que cela explique ce feeling étonnement agréable. Logiquement, ce sera la même chose avec tous les autres vélos, donc vogue la galère. Je termine la première partie de la côte toujours sur le même trend. A tel point que dans la partie dure de la côte, je fais attention à ne pas m’exciter tout seul ! Je bascule vers la seconde partie, la plus roulante. Hop, je passe tout naturellement le 52 dents et ce coup là, je lâche un peu la bride et finis en danseuse. Là, je commence clairement à sentir mes cuisses. Enfin !

Dedacciai Atleta Poste de pilotage

La nuit est quasiment tombée. Je fais donc la descente piano, surtout dans la partie sinueuse, mais le vélo semble vouloir aller vite. Qu’à cela ne tienne, je me lâche un peu et j’atteins le bas, ravi.

Le faux-plat sera curieusement moins agréable que prévu : pourtant, avec ces airs de vélo de triathlon, l’Atleta devrait y être à son aise. Mais c’est le contraire, à savoir que ça va bien, mais clairement moins que prévu ! Pas grave, je mets ça sur le compte d’une impression trompeuse et j’entre dans Saint Didier plutôt bien lancé et toujours absolument pas entamé !

Le raidillon sera une formalité : je passe fastoche, sur le couple, avec un bon braquet, genre 52×21. Le Dedacciai se tord juste ce qu’il faut pour m’aider à passer mais sans se désunir.

Dedacciai Atleta Tige de selle

Fin du tour-test. Je saute sur mon GPS tout excité pour découvrir le temps. Je le sens vraiment bien. Et là, stupeur : 33 minutes et 17 secondes ! 33 pile, en fait, car j’ai eu un mini incident que le GPS a comptabilisé. Je n’en reviens pas… Et puis je me souviens : je viens de me faire « avoir » par le syndrome du cadre « aéro » ! L’Atleta est taillé comme une lame. Il vient de me faire le coup du Venge, premier du nom : facile, si facile car « souple » mais, au bout du compte, moins efficace qu’on ne le pense. Alors je constate qu’il s’agit simplement d’une erreur de casting : sous ces airs d’Ironman, l’Atleta est un vélo facile, doux, ludique même, mais pas un vélo de course. C’est pour cela qu’en danseuse, il m’a fait mal aux guiboles, puis cette impression un peu mitigée dans le faux-plat principal : je commençais à le tordre et ce n’est pas ce qu’il préfère !

Le Deda fait le dur mais, en fait, il s’agit avant tout d’une machine avec laquelle beaucoup, beaucoup de cyclistes se feront très plaisir s’ils le prennent pour ce qu’il est, et non ce à quoi il ressemble. Retenez cela, c’est son ADN : le plaisir sans la fatigue ! Et sur le plat, c’est un avion…

Dur, facile et festif !

Ces trois mots résument très bien notre Atleta : un confort moyen, une facilité vraiment bluffante, et un grand plaisir. Le plaisir, nous vous en avons parlé il y a trois mois, au sujet de l’Origine RS2. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le plaisir n’est pas toujours lié au haut de gamme. Même s’il est rare de se retrouver bouche bée devant un vélo à 1500 euros. Avec ses plus de 8000 euros, l’Atleta vous met cet ingrédient dans le package. Du plaisir instinctif, du plaisir de fond. Pas de la frime. Un vrai truc qui vous fait pousser des ailes car c’est vraiment facile de rouler avec ce vélo. Pourtant, mon temps sur le tour-test n’est pas extraordinaire. Mais si notre circuit avait fait cent bornes, je suis presque sûr que l’Atleta aurait fini devant bien des vélos encore plus onéreux

Dedacciai Atleta Tableau

Renseignements : www.dedacciaistrada.com

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Richard Jamin est le président-fondateur et le directeur de publication du magazine L'Acheteur Cycliste. C'est lui , il y a 13 ans, qui à eu l'idée et le courage de créer le premier magazine d'achat du vélo de route. C'est un véritable passionné du vélo de course, il possède aussi un sacré caractère.